PROLOGUE DES SOSIES. 36i
Contre l'ordre des nuits n'en fait qu'une dé trois :
Ainsi ^ pour h/oaorer ce qui me déshonore^
Le Ciel même fléchit , le jour ne peut éclore ,
Et pour un fruit honteux de baisers criminels
La nature interrompt ses ordres, éternels.
Mais qu'il naisse et cpipmence une incroyable histoire ,
Sa peine avec usure achètera sa gloire :
Le noir séjour des morts, Tair, la terre, le ciel,
Vomiront contre lui tout ce qu'ils ont de fiel ;
Mortel, il est l'objet d'une immortelle haine,
Aussitôt que ses jours commencera sa peine ;
Les lions, lesserpens, les hydres, les taureaux,
Seront de son repos les renaissans bourreaux ;
Et je regretterois une heure de sa vie
Qui d'un nouveau travail ne seroit poursuivie.
Je sais que son courage, égal à son malheur >
Remplira Tunivers du bruit de sa valeur ;
Que lion , plus lion que tous ceux de Némée ,
II lassera ma haine à sa perte animée ;
Je sais que ses effets passeront mes desseins.
Que mes yeux seront las bien plus tôt que ses mains,
Qu'il achèvera plus que je ne délibère ,
Et que par ses exploits il prouvera son père;
Mais que des enfers même il sorte glorieux ,
Que , second Encelade , il attaque les cieux ,
Et mette la frayeur au sein du dieu de Thrace ,
Mon seul ressentiment, ma seule passion
Saura bien triompher de son ambition.
D'autres armes manquant à ma fureur extrême ,
Je n'opposerai plus que lui-même à lui-même ;
Lui-même il se vaincra ; s'il naît pour vaincre tout ,
De ce dernier ouvrage il viendra bien à bout.
36a PROLOGUE DES SOSIES.
Je veux qu'il ait. ensemble et la gloire et la honte, Qu'au rang de ses vaincus quelque jour on le compte; S'il triomphe de tout , et si pour son trépas Tout autre est impuissant, il ne le sera pas; Lui-même contré lui servira ma co}ère, Mieux qu'hydre, que serpens, que lion, que Cerbère, Et ne laissera pas à la postérité L'audace d'attenter à la divinité.