‹ Œuvres [ed. by E.L.N. Viollet-le-Duc] (volume 4)Chapitre 239 sur 437 · JUNON · texte numérisé non relu

JUNON

OoEUR du plus grand des dieux (car ce nom seul me reste),

Honteuse, je descends de la voûte céleste,

Et veuve d'un époux qui ne mourra jamais.

Le fuis puisqu'il me fuit , et lui laisse la paix.

Les maîtresses enfin l'emportent sur l'épouse ;

Elles sont les Junons, et je suis la jalouse,

Il me prescrit la terre et leur marque les cieux ;

Et du bras qu'il leur tend il me pousse en ces lieux.

Ses premières amours , cette fille profane,

Que dessous les habits et le nom de Diane

(Diane, qui préside à la virginité)

Ce traître dépouilla de cette qualité ,

TTy règne-t-elle pas sous la forme d'une ourse ,

Et son mal de son bien ne fut*il pas la sourcB ?

Quel fruit eut mon courroux de transformer son corps?

Elle occupe le ciel , et m'en voici dehors :

Ma vengeance profite aux objets de ma haine ,

Et j'établis leur gloire en méditant leur peine.

Sur ce trône étemel les sept filles d'Atlas

36o PROLOGUE DES SOSIES.

A ma confusion ne brillent-elies pas?

Des pudiques la gloire est due aux vicieuses^ Et le crime de trois en fit sept glorieuses. Yis-je pas qu'à ma honte Ariane y monta Par la faveur du fils dont Sémèle avorta? Les deux astres jumeaux que l'Océan révère N'y triomphent-ils pas du péché de leur mère ? L'honneur ne conduit plus en ces champs azurés ; Les vices aujourd'hui s'en sont faits les degrés; Où la vertu régna le déshonneur habite , Et le crime a le prix qu'eut jadis le mérite. Mais que ma plainte à tort ramène les vieux ans Où le temps lui fournit des objets si présens! Alcmène ira bientôt y posséder la place Que sans doute déjà ce perfide lui trace; Déjà je crois l'y voir, en pompeux appareil, Venir remplir un lieu plus haut que le soleil, D'un regard dédaigneux braver ma jalousie,. Et, riante à mes yeux, savourer l'ambroisie : C'est ce superbe objet de mon juste courroux Qui tire de mon lit cet adultère époux ^ Qui, comblant de faveurs son ardeur effrénée, M'ôte les saints baisers qu'il doit à l'hyménée; C'est d'elle (si du sort qui régit l'univers Les livres éternels à mes yeux sont ouverts). C'est d'elle que va naître un héros indomptable, Un Alcide, un prodige aux monstres redoutable. Qui seul doit plus que tous obscurcir mon renom, Et qui seul doit régner au mépris de Junon. Combien dure la nuit qui le promet au monde ! Le soleil par respect n'ose sortir de l'onde : Et par solennité la courrière des mois

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