ACTE m, SCÈNE II
Et sa possession ne se peut mériter A moins qu'en «tre ^oux ou qu'âtre Jupijter.
CÉI>HALI1S«
Laissez , laissez passer des nuages si sombres ; Bientôt la vérité dissipera ces ombres ; L'arbitre souverain des dieux et des mortels S'il ne vous fait justice est indigne d'autels; Tout enfin se découvre, et sa juste balance Ne confond pas le crime avecque l'innocence.
ALCMÈNE
A sa plainte lui-même il forge un fondement,
Et pour me démentir soi-même il se dément;
Il veut de son ofBce instruire ma mémoire ,
Et me prescrit des lois d'oublier et de croire^
S'il cherche des misons à. de mauvais d^seins,
S'il hait de notre hymen les nœuds chastes et saints.
Quelle nécessité lui fait forger des songes,
Nier des vérités, assurer des mensonges,
Et prendre pour témoins les hommes et les dieux
D'un discours si contraire au rapport de ses yeux?
Puisque, maître absolu, de mes vœux il dispose.
Que mon consentement lui ptomet toute chose ,
Et que sans grand effort je lui puis obéir,,
Jusqu'à l'abtindomier, ^ jusqu'à le haïr,
La loi de notre honneur toute autre loi précède;
Jalouse On le con^rve, avare on le possède;
Pour lui nous dévolus tout, p0|ir Imâ tout est peimi&,
Et qui hait notre boniieitr est de nos ennemis*
Enfin laissons-nous Sroir, calmons ùe 'grand courage; D'une seule parole apaisotis cet orage.
4o8 LES SOSIES^
ALCMÈNE
L§ voici de retour. Fuyons cet afironteur, Fléau de mon repos, ce subtil imppsteùr.
JUPITER
Chère Alcmène, où fuis-tu? pourquoi si fort émue? De qui te veut parler détournes-tu la vue ?
ALCMi^NE.
Je la détourne ainsi de qui m'est odieux;
Ce qui déplaît au cœur ne sauroit plaire aux yeux.
JUPITER
De qui t'est odieux?
Oui; toujours incrédule.
Croyez que Je vous ments et que je dissimule. Mais le ciel voit mon cœur exempt de fiction , Et connoît combien forte est cette aversion.
JUPITER
Il connoît combien prompte est aussi ta colère y Et comme il me déplaît d'avoir pu te déplaire. Celui n'aime pas bien qui peut tôt se, venger; Et c'est trop de rigueur pour un mal si léger.
AliCMENE»
Laissez, retirer-vou^ : pouvez-vous sans folie
Agréer que ma main à la vôtre s'allie ,
La main d'une impudique, une profane main?
TSe me souffrez jamais si votre esprit est sain.
Quoi ! celle que vous-même accusez d'infamie,
Vous ne la traitez pas comme votre ennemie?
Yos résolutions se laissent ébranler,
Et, sans être insensé, vous me pouvez parler?