‹ Œuvres [ed. by E.L.N. Viollet-le-Duc] (volume 4)Chapitre 270 sur 437 · ACTE III, SCÈNE IL · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE IL

JUPITER

Tu crois donc qoe mon coeur ait avoué ma bouche ? Non, trop sensiblement. cette injure te touche, Et certes plus avant que je n'espérois pas. Pour t'ôter de souci, je reviens sur mes pas. Tu fais d'un passe-temps une sensible offense;. Je voulois. seulement éprouver ta constance ; Et, loin de témoigner tant de ressentiment^ Tu devois partager ce divertissement-

ClÉPHALrE.

Son mal m'étoit commun , j'en avois l'âme atteinte ; Aussi qui n'eût jugé qu'il lui pàrloit sans feinte?

ALCMlkNE.

Pourquoi n'amenez-vous ce fidèle témoin

Qui peut de fausseté me convaincre au besoin?

JUPITER

Fais-tu d'une risée un discours d'importance ,. Et d'un mot dit par jeu tires- tu conséquence?

ALGMÈNE.

Je sais combien L'affront me touche vivement.

JUPITER

Mon regret m^en punit assez cruellement. Et ce que j en croyois démentoit mes paroles.

ALCMENE.

J'ai fait par ma vertu qu'elles étoient frivoles : . A vos mauvais soupçons. elle a tranché le cours;; Mais je le veux trancher à vos mauvais discours. Détournons les malheurs où l'hymen nous expose,, Et pour les détourner ruinons-en la cause ;

4io LES SOSIES,

Laissons faire à ce jour ce qu'un autre feroit , Et rompons un lien qui nous étoufïeroit,

JVPtt-ETÊL.

Ah! ne m'oblige pas à tant de pénitence; Proportionne an moins le supplice à l'offense ; ^ Oppose ta froideur aux baisers que je veux, Et de quelque mépris paie aujourd'hui mes vœux. Mais, qu'aucun accident me sépare d'Alcmène! Souhaite^moi la mort plutôt que cette peine : Si quelque autre est plus sage en mon opinion , Qu'à jamais Jupiter haïsse Amphitryon.

ALCHÈtTE.

Mais qu'il l'aime plutôt, et qu'il lui soit prospère.

JUPITER

J'ai juré justement, justement je Tespère. Puis-je espérer aussi de vaincre ta rigueur?

ALCMÈNE

Dieux ! qu'avec peu d'effort vous toe gagnez le Cœur, Et que j'ai de bonté!

JUPITER, Vemhmssant.

Tel est l'ordre des choses.

Que toujours quelque épine accompagne les roses: Quelque nœud si serré qui joigne deux amours , Toujours quelque accident en traverse le cours; Mais notre ardeur enfin de ces douces querelles, Comme un feu d'un peu d'eau, prend des forces nouvelles; D'un petit difféi'ent naît une longue paix , Et d'une triste cause il sort de beaux effets.

ciéPûAtis:.

Enfin un doux repos à ce trouble succède , Comme wn calme profond que Torage précède.

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