ACTE I, SCÈNE I
Qu'à tous mes ennemis ma tête est exposée , Mais quils ne tentent pas une conquête aisée, Et que je prétends bien la sauver de leurs coups, N étant pas un objet digne de son courroux.
Cet arrêt me fait grâce et ne m'est pas contraire, Puisqu'au moins de la fille il me donne à la mère. 0 ciel, sacré témoin du serment que je fais. Si je ne l'accomplis ne m'éclaire jamais : Je jure par Diane et son rare mérite D observer de tout point \9 loi qui m'est prescrite , Et que ce seul dessein me chasse de ce lieu. Que désires-tu plus?
FLORISEL
Le ciel te guide ; adieu.
(H sort.) BRUN^O SÇUI.
Pareil à cet audacieux
Dont la témérité fut telle Qu'il voulut s'éloigner de la troupe mortelle,
Et voler jusque dans les cieux;
Trop téméraire et trop profane , réprouve même sort en même occasion, Et, voulant m'approcher des beautés de Diane, le tombe dans la mer de ma confusion.
Tel qu^épris d'un feu violent.
Au lieu d'unf déesse nue, Ixion autrefois n'embrassa qu'une nue,
Et devint honteux d'insolent;
Trop téméraire et trop profane , Après m'être flatté d'un espoir décevant,
ïo AGÉSILAN DE COLCHOS,
Quand je crois me trouver dans les bras de Diane , Je sens moins que son ombre et ne tiens que du vent.
A qui meritoit un autel
J*osois destiner des caresses :
Pour les dieux seulement le ciel fait des déesses;
J'ai trop osé pour un mortel.
Trop téméraire et trop profane.
Je vois mes vœux suivis d'un triste événement , £t j'ai, pour tout profit d'avoir servi Diane,
La satisfaction de mourir seulement.
Meurs donc, puisque le cie*l a résolu ta perte; Meurs, et que de ton sang Diane soit couverte; Répands sur son portrait, comme sur un autel. Tout ce que peut offrir le pouvoir d'un mortel. Ce sang ne sufBt pas; ouvre encor ta blessure^ Et, privé de son corps, meurs dessus sa peinture. Mais sans passer, hélas! à ce dernier effort, Mes yeux perdent le jour : je ton[ibe , jç sijiis mort.