ACTE II, SCENE I
Par divertissement y considéré ta face?
Y vois-tu des couleurs et des proportions Qui ne méritent pas des adorations ?
Certes , autant de fois que mon œil te contemple , Autant de fois je dis : cet homme est sans exemple, Il a seul mérité de posséder ma foi!
Et tu veux, Dorilas, que j'aime autre que toi?
DORILAS
Je le crains bien plutôt que je ne le désire.
ALCIONE.
Ton amour me tient lieu d'un sceptre , d'un empire ,
Et je ne sache rien dont avecque raison
Je pusse avecque toi faire comparaison.
Mais parlons de notre hôte : as'-tu vu sa tristesse y
Et ne peux-tu juger quelle douleur le presse?
Il verse en soupirant des pleurs à tout propos ;
Il refuse de prendre et repas et repos ,
Et, couché sur son lit depuis son arrivée.
Veut avoir à lui seul la chambre réservée.
Ce pitoyable état marque un sanglant ennui.
DORILAS
Je n'ouvre point les yeux dans les secrets d'autrui , Et je permets au sort de suivre son caprice, Cependant qu'en repos je suis mon exercice. Mais quelque nouvel hôte arrive encor chez nous.
ALCIONE.
Il s'avise trop lard. Que ses attraits sont doux! O ciel ! à qui des deux dois-je plus de louanges? Ce logis deviéhdra la demeure des anges.
48o LES DEUX PUCELLES,