SCÈNE PREMIÈRE
DORILAS, ALCIONE.
ALGIONE.
l^UEL est ce derai-dieu qui, sous notre figure,
Veut en vain à nos yeux déguiser sa nature.
Et qui laiss%au travers de quelques traits mortels
Briller des qualités dignes de tant d'autels!
Depuis qu'un mauvais sort, qui toujours nous traverse,
A réduit notre vie à ce triste commerce^
As-tu vu 9 Dorilas, que la nuit ait chez nous
Arrêté des passans pourvus d'attraits 'si doux?
Qui ne diroit qu'ici le dieu de la lumière
Est venu terminer le jour et sa carrière ,
£t qu'ayant en la mer laissé son char ardent, '
Il veut de ce logis faire son occident?
DORILAS
II n'a pour mon repos que des charmes trop rares ; Tes regards affectés ne lui sont point avares, Et tu lui rends un soin un peu trop diiigent» Sers-tu chacun ainsi?
47» LEâ DEUX PUCELLËS,
ALCIONE.
^ . Chacun selon l'argent.
DORILAS
Mais ta peine pour lui va jusques aux caresses , Et passe à mon avis , le devoir des hôtesses.
ALCIOITE.
Ypilà pas des effets de ton esprit jaloux?
DORILAS
Mais à quoi si courtoise, avec des traits si doux, Éclairer les passans?
AtCIOITÊ.
Que veux-tu que je fasse?
La douceur les attire , et la gloire les chasse : On fuit comme la mort ces sourcils refrognés, Ces yeux toujours pleurans et ces fronts rechignes. Aussi ne dit-on pas: <c Belle hôtesse et qi^rie Vaut autant que bon vin en une hôtellerie. » Accorde ton humeur avec ton intérêt , . Sache qu'elle te nuit, jalouse comme elle est^ Que tu reconnoîtras les profits qu'elle t'ôte, Et qu'hôtesse qui plaît est le bonheur de l'hôte.
DORILAS
Ce bonheur me déplaît, et toutes ces leçons , Loin de diminuer , accroissent mes soupçons.
ALCIONE.
Quoi, bons dieux! se peut-il que quelque jalousie, Valant ce que tu vaux, t'entre en la fantaisie? Pèse bien ton mérite, et tu reconnoîtras Que, si je ne t'aimois, je ne m'aimerois pas. Buvant, n'as-tu jamais dans le fond de ta tasse,