‹ Œuvres [ed. by E.L.N. Viollet-le-Duc] (volume 4)Chapitre 310 sur 437 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

DORILAS, ALCIONE.

ALGIONE.

l^UEL est ce derai-dieu qui, sous notre figure,

Veut en vain à nos yeux déguiser sa nature.

Et qui laiss%au travers de quelques traits mortels

Briller des qualités dignes de tant d'autels!

Depuis qu'un mauvais sort, qui toujours nous traverse,

A réduit notre vie à ce triste commerce^

As-tu vu 9 Dorilas, que la nuit ait chez nous

Arrêté des passans pourvus d'attraits 'si doux?

Qui ne diroit qu'ici le dieu de la lumière

Est venu terminer le jour et sa carrière ,

£t qu'ayant en la mer laissé son char ardent, '

Il veut de ce logis faire son occident?

DORILAS

II n'a pour mon repos que des charmes trop rares ; Tes regards affectés ne lui sont point avares, Et tu lui rends un soin un peu trop diiigent» Sers-tu chacun ainsi?

47» LEâ DEUX PUCELLËS,

ALCIONE.

^ . Chacun selon l'argent.

DORILAS

Mais ta peine pour lui va jusques aux caresses , Et passe à mon avis , le devoir des hôtesses.

ALCIOITE.

Ypilà pas des effets de ton esprit jaloux?

DORILAS

Mais à quoi si courtoise, avec des traits si doux, Éclairer les passans?

AtCIOITÊ.

Que veux-tu que je fasse?

La douceur les attire , et la gloire les chasse : On fuit comme la mort ces sourcils refrognés, Ces yeux toujours pleurans et ces fronts rechignes. Aussi ne dit-on pas: <c Belle hôtesse et qi^rie Vaut autant que bon vin en une hôtellerie. » Accorde ton humeur avec ton intérêt , . Sache qu'elle te nuit, jalouse comme elle est^ Que tu reconnoîtras les profits qu'elle t'ôte, Et qu'hôtesse qui plaît est le bonheur de l'hôte.

DORILAS

Ce bonheur me déplaît, et toutes ces leçons , Loin de diminuer , accroissent mes soupçons.

ALCIONE.

Quoi, bons dieux! se peut-il que quelque jalousie, Valant ce que tu vaux, t'entre en la fantaisie? Pèse bien ton mérite, et tu reconnoîtras Que, si je ne t'aimois, je ne m'aimerois pas. Buvant, n'as-tu jamais dans le fond de ta tasse,

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