SCÈNE III
(la nuit.)
THÉODOSE seule ^ déguisée en homme y couchée
sur un lit , et pleurant.
Triste jouet du sort, chétive abandonnée ,
A quoi te résous-tu? quelle est ta destinée?
Quel divorce as-tu fait avecque ta vertu ?
Comment, en quel état, où te rencontreî$*tu?
Hélas ! quelle est ma vie , et dans quelles mémoires
Passera-t-elle un jour au nombre des histoires?
Quelles inventions égalent mes effets ,
£t quels romans si faux ont dit ce que je fais?
Sans suite , désolée , errante , vagabonde y
La honte de mon sexe et la fable du monde ,
Esclave dans les fers du pire des amans ,
Je m'expose aux rigueurs de tous les éléiHens.
Sans craindre, en embrassant cette vie importune,
Quavec moi mon honneur coure même fortune!
Mais quemploîrois-je, hëlas! que des soins superflus
Pour la garde d'un bien qui ne m'appartient plus,
Pour la garde d'un bien qui, par mon dessein métn&,
A servi de butin au perfide que j'aime?
Mon honneur me devance au chemin que je sui;
Il est à cet ingrat, il partit avec lui.
Ils tiennent même route . et rien ne les divise.
Mais j'ai ce déplaisir qu'il suit qui le méprise.
Qu'il n'a pas le crédit de m'arrêter un cœur.
Et qu'il devient un prix importun au vainqueur.
Honneur, devoir, amour, cruels tyrans des âmes,