ACTE II, SCÈNE V
En combien de malheurs vous nous précipitez î
Les dangers les pkis grands ont pour vous plus d'amorces ;
Vous ne connoissez rien au-dessus de vos forces :
Sans rien considérer, tout travail vous est beau ,
£t tout dessein vous plaît pourvu qu il soit nouveau.
Ah!
ALEXAITDRE. .
Sans doute qu'au point où son âme est pressée,. Quelque parole enfin trahira sa pensée.
THÉODOSE, à part.
O trop crédule espoir, qu'avec de faux pinceaux, Des objets que tu veux, tu nous fais les tableaux! Tu me faisois un dieu de l'auteur de mes peines ; Mais que ses vœux sont faux, et ses promesses vaines!
ALEXANDRE, â/)a/^.
Je découvre à peu près d'où provient son ennui , Et voudrois le pouvoir partager avec lui ; Sa plainte rend si beaux les malheurs de sa vie , Que sa misère même excite de l'envie.
THÉODOSE
Appas faux et trompeurs , sources de mes ennuis , Quel esprit et quels yeux n'auriez-vous pas séduitç? Mais à qui, malheureuse, adresses-tu tes plaintes? Qui te livre que toi ces mortelles atteintes , Quelle main que la tienne a tiré le couteau ? Qui met et ton honneur et toi-même au tombeau? Que l'amour t'avoit bien d'une fausse peinture Fait de l'honneur un monstre , ennemi de nature : L'amour dont les plaisrrs sont de si faux objets , L'amour qui n'est que haine à ses propres sujets, Qui, tigre dévorant, vit du repos des âmes.
Et n'offre pour tous prix qi4e cks fer» et des Atmvm , Ce bourreau de mes nuits, ce tyran de .mes jours! Ah ! malbevreuse fille » et maudites amours !
AXBXAIfBHE.
Fille ! Qtt'entends'je , à dieux? combien me croît Tenvie De savoir plus au long l'histoire de sa vie ! Oui, mais sans la chasser, puis-je l'entretenir? Ah ! cet ardent désir ne «e peut contenir : Parlons! Madame...
THEODOSE
O dieux!
JLX^jÇXAIVDEf.
De qui la voix plaintive Sans votre su, peut-être, à moxk oreille arrive. Fille disgraciée et d'amour et du sort !
THEODosE, se lestant.
Comment! quelqu'un m'éomte! Ab I qui me fait ce tort? O sensible surcroît de l'énimi qui me pi'e^e!
Quoi! ce malheur est joint à mon cruel tourment, Que même je ne puis me plaindre sûrement ?
ALEXANDRE^ la retenant.
Eh ! demeurez ; je sors si je voi^ impar|;une , Je ne viens pas ici croître vptre infortuniue , Je n'ai point spuhaité de lire ^ yo3 secrets. Et je ne .prévoyois vos pleura ni vos r^ets. Ignorant de l'ennui qui votire ^soQ dévore, J'attendois sur ce lit le retour de l'aurore. Introduit en ce. lieu durapt votre somioeil. Et croyant en sortir devant votr^e réveil , Votre ennui s'est trahi par votre propre bouche ,