SCÈNE VI
AL€IONE, demi-nue ^ entrant doucement wec une lanterne; THÉODOSE ef ALEXANDRE, e«iformw.
ALGIONE.
Telle Psyché d'amour, pour TAmour même titteînte, A ce dieu sommeillant fait sa muette plainte ; Telle va sur Hymète , à son xhasseur dormant , L'Aurore le matin reprocher son tourment.
(Regardant Alexandre. )
Dieux! qu'est-ce que je vois? quelle est cette aventure? Par quel secret pouvoir , merveille de nature , Viens-tu jusqu'en mon lit, plus beau que le soleil, Traverser mon repos et troubler mon sommeil? Veillant je te possède , et , lorsque je repose , Je possède un fantôme aussi beau que la chose. Mais ô songe, ô regards , vous n'êtes qu'un faux bien, Et , veillant , ni dormant , je ne possède rien.
( Elle va au lit de Thëodose.)
Et toi , premier auteur de ma naissante flamme ^ Agréable charmeur du repos de mon âme, Qui joins tant de tristesse avec tant de beauté , Quel est ton différent contre ma liberté ? Que ne pourrois-tu vaincre avec tant de mérite? Mon respect est déjà bien près de ses limites. Et certes mon amour n'est pas fort loin d'oser Dessus ta belle bouche 'entreprendre un baiser.
(Au lit d'Alexandre.)
La grâce est là plus douce , elle est ici plus mâle , Mais la perfection en tous deux est. égale;
4g4 LES DEUX PUCELLÊà,
Tous deux sont accomplis , et cette égalité
Me pourroit du choix méitie ôter la liberté :
Ce qu'un peut espérer l'autre le peut prétendre ;
Ne pouvant que laisser , je ne pourroie que prendre.
Mais de quoi s'entretient ma folle passion,
N'ayant ni 1 un ni l'autre en son élection ?
Cesse, importune ardeur dotlt inon âme est pressée;
Espérance , désir, sortez de ma pensée,
Et laissez à mes yeux tout le fruit d'une amour
Qui ne passera pas la naissance du jour.