‹ Œuvres [ed. by E.L.N. Viollet-le-Duc] (volume 4)Chapitre 321 sur 437 · ACTE II, SCENE V. 49Î · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE V. 49Î

Je suis^ triste Didon, ce ¥9g^bond Énée, £t tends Ters l'Italie, ou s'adressent ses pas, A dessein de trouver ce traître ou le trépas. Cette ennuyeuse histoire est , du sort lamentable Qui cause mes ennuis j le discpiirs véritable.

( Âprè^ an moment de silence. )

Que peut délibérer , en un malheur p^eil , Un esprit dépourvu d'espoir et de conseil? Quel sera mon recours?

( Alexandre ne répondant pas , elle oontinne* )

Mais sans doute il sommeille , Et ma voix sans effet a (rappé son oreille. Je m'étonne comment un si triste propos N'excite la douleur plutôt que le repos.

ALEXANDRE

Non, non, je ne dors pas; il n'est âme si dure A qui ne fût sensible une telle aventure. Croyez que je vous plains ^ et que je sens les coups Du sort qui v^us poursuit à même point que vous. Aussi je ne. voms offre eu ce malheur ex4Tême , Ni djscouirs m conseil , mais je m'offre moi-même, Et vois tant d'injustice en cette trahison , Que de ma propre main j'en veux tirer raison. Mais je croîs que dans peu le retour de l'aurore De ses vives couleurs peindra la rive more : Jouissons un moment des faveurs du sommeil , Et le joMr de retour nous donnera conseil.

THEODOSE

(A part.)

Reposez, je me tais. Eh dieux! est-il possible

Que mon m«ilheur en lui trouve un cœur si sensible ?

Quel sujet inconnu, quels sentimens secrets Font qu'il prend telle part dedans mes intérêts ?

ALEXANDRE

Ah!

THiODOSE.

Qu'est-ce que j'entends? Bons dieux! est-il croyabk Qu'un esprit si touché ne soit que pitoyable ? Que sa seule bonté trouble tant son repos , Et cause ces soupirs qu'il pousse à tout propos?

ALEXANDRE

O cruauté du sort!

TH^ODOSE.

Cet accident m'étonne ,.

Et me rend la pitié que ma doUleur me donne.

ALEXANDRE

Pernicieux amour !

THEODOSE

Amoui^! qu'entends-je , hélas f Puis-je ouïr ce discours et ne m'effrayer pasl Ce mot naît du dessein de quelque violence; Et sans aveu, sans doute, interrompt son silence. Mais s'il se dispensoit à la témérité ^

D'oser rien attenter sur mon honnêteté , Ce poignard, au besoin, par la fin de ma vie, De ce brutal effort frustreroit son envie. Quel destin est le mien ? qui m'a conduite ici ? Mais le sommeil m'emporte et charme mon souci t

(Elle baisse le rideau.)

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