ACTE III, SCÈNE IV. 5oi
C'est ce que Ton conserve avec le plus de soins , •Et c'est le bien pourtant que je plaindrai le moins. Mais sachant que la mort , tant soit-elle inhumaine l Plus humaine que toi termineroit ma peine ; Sachant que de tous maux elle borne le cours , Pour prolonger mes maux tu prolonges mes jours : Tu sais que m'épargner c'est m'être plus nuisible , Que la perte du jour rend toute autre insensible; Ainsi tu fais moins voir quelle est ta cruauté En ce que tu m'as pris qu'en ce qui m'est resté , Et ne m'outrager point m'est un outrage extrême Que tu fais en rigueur passer l'outrage même. Lions, que faites-vous? tigres, loups ravissans, Corbeaux, où cherchez-vous des butins innocens, Cependant que le sort jusqu'ici vous envoie Une si criminelle et si facile proie?
Mais je vous parle en vain; j'ai beau vous désirer, Autre corbeau qu'Amour ne me vient dévorer; Autre tigre que lui , sî cruel de nature , En ce coupable sein ne cherche sa pâture ; Autre voleur que lui ne m'a mise en ce lieu : Ce tigre, ce corbeau, ce voleur est un. dieu. Infidèle , barbare , arrête un peu ta fuite ; Viens et vois les profits que j'acquiers à ta suite. Mais je puis au besoin réclamer ces passans Attirés par le bruit de mes tristes accens^
5oa LES DEUX PUCELLES^
ALEXANDRE, THÉODOSE, FILÉMOND,
LÉOGADIE.
ALEXAITDRB.
Dieux! quel est ce spectacle?
LiOGADIE*
O troupe fortunée, Troupe bien plus que moi chère à la destinée, Si les maux que tu fuis te font plaindre les miens, Assiste un malheureux et brise ses liens. Un nombre de voleurs , ou plutôt ma fortune , Qui n'aime qu'à me nuire et qu'à m'être importune, Ont exercé sur moi ce rigoureux ^ffort , Et , m'ayant tout ravi y m'ont refusé la mort.
THÉO DOSE, déliant Lèocadie.
La faveur qu'il implore est une œuvre divine Oïl le ciel nous oblige outre sa bonne mine. Mais il nous faut hâter.
ALEXANDRE
Où s'adressoient vos pas?
Ma curiosité ne vous déplaira pas ? «
Quel est votre pays?
LÉOCADIE
Un lieu près de Séville , Oïl j'ai tiré le jour d'une illustre faiùille. Aussi, porter l'épée est ma profession^ Et je tirois vers Rome à cette intention ^