‹ Œuvres [ed. by E.L.N. Viollet-le-Duc] (volume 4)Chapitre 336 sur 437 · ACTE III, SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE VIII

D'ordinaire aux beaux jours il fait sa résidence, Et je l*ai toujours faite en -ce même séjour Depuis que je respire et que je vois le jour. Voyez comme on fardoit celte Léocadie, Et connoissez enfin que pour peu qu'on en die^ Elle est bien au-dessous de ces titres d'honneur, Et que ce bruit fameux n'est dû qu'à son bonheur.

THlËODOSE.

Le renom qui publie un mérite si rare, 1

Loin de vous obliger, vous est encore avare.

LEOCADIE.

Je ne me défends point de votre honnêteté. Mais bien et justement de cette vanité. Pour commencer enfin cette histoire importune , Oyez par quel endroit m'attaqua la fortune ; Elle emprunta d'Amour ce trait toujours vainqueur, Ce redoutable trait qui va si droit au cœur , ' Ce trait qui, pénétrant jusques au fond de l'âme. Porte avec soi le fer , le poison et la flamme : Antoine, un cavalier beau de mine et de port. Riche de tous les dons et du ciel et du sort , Quand elle me tira cette fatale flèche. L'assista de sa main et désigna la brèche.

THéODOSE.

Antoine ! de quel lieu , de quelle qualité , De quel sang? Contentez ma curiosité.

LEOCADIE.

De l'antique maison des Adomes de Gênes La nature a tiré cet auteur de mes peines, £t par quelqiies raisons d'intérêt ou d'amour Son père a dans Séville établi son séjour.

5ia LES DEUX PUCELLES,

L^OCADIE.

Hélas I

THÉODOSE

Nul ne vint-il divertir vos plaisirs?

LEOGADIE.

Ecoutez.

THÉODOSE

Ce grand feu passa-t-il sans fumée?

La nuit en ces. douceurs fut-elle consommée? Rien ne traversa-t-il votre contentement? A quoi se termina ce beau commencement?

tÉOCADIE.

 me laisser encor la qualité de fille,

Mais de fille odieuse à toute ma famille;

Car ce traître faillit au moment assigné ,

Et soit que notre amour fût déjà soupçonné.

Ou que par quelque bruit j'eusse éveillé mon père,

Le prenant pour Antoine il sut tout ce mystère.

Comparez sa fureur avecque son ennui ;

Je l'évite aussitôt, je me cache de lui.

Et, dans ce triste état où je me vois réduite.

Vais consulter ma peur qui résolut ma fuite.

Hélas ! deux jours après , une autre affliction

M'en fit bien confirmer la résolution:

Ma servante , commise à s'enquérir du traître ,

Qui néglige à ce point le feu qu'il a fait naître,

Vint dans un cabinet où je fuyois le jour,

Différant mon départ jusques à son retour.

Et m'apprit qu'un grand bruit s'épandoit dans Séville,

Qu'Antoine ce jour même enlevoit uiie fille

Rare , accomplie , et belle au delà du penser, .

Sans me dire où leurs pas se pouvbient. adresser.

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