ACTE III, SCÈNE VIIL 5i
THÉODOSE
Vous dit>elle son nom?
LÉOCADIE
Oui c'est Thé.... Théodose.
Alors tous les desseins c[ue la rage propose, Tout ce qu'ose un grand cœur en un grand désespoir, Je le crus, furieuse, être de mon devoir; Mon esprit, inventif à mon propre dommage, Se fit de ma rivale une si belle image. Que moi-même depuis je ne me puis souffrir, Que mes yeux à mes yeux n oseroient plus s'offrir; L'horreur que je me fais m'a fait casser ma glace; Je ne crains pas un monstre à l'égal de ma face; L'approche d'un ruisseau me donne de Teffcoi, Et je n'ai peur de voir, ni fuis rien tant que moi.
THÉODOSE
J'ai vu cette beauté que vous avez nommée; Mais c'est peu de matière à tant de renommée, Et si j^avois l'honneur d'être votre Paris , •Vos charmes sur les siens remporteroient le prix.
LÉOGADIE.
Qu'elle possède ou non la beauté dans l'extrême, Soit-elle une merveille ou Vénus elle-même, Que son dessein ou non ait causé mon tourment, Qu'en effet sa beauté m'outrage innocemment, Qu'elle ignore mes feux, n'importe : l'innocence. Les charmes, les attraits, n'auront point de dispense; Pour moi son ignorance est une trahison , Et ma main à mon cœur en veut faire raison.
Le ciel même, le ciel, s'il s'ouvroit à sa fuite, La voudroit vainement soustraire à ma poursuite ; Tome IIL 33
5i6 LES DEUX PUCELLES,
Quelle erreur, quand tu vins au jour.
Te baptisa du nom d'Amour;
Toi dont la rigueur inhumaine
Inventa Tusage des fers.
Toi qui nous nuis , toi qui nous perds,
Toi qui n'es qu'horreur et que haine,
Et que le ciel , pour notre peine ,
Quelque dieu qu'on te croie , a tiré des enfers ?
Quelle et combien dure est ta loi !
Par quel Busire égal à toi Fut jamais la terre régie ?
Par toi furent dix ans entiers Cinq rois grecs hors de leurs quartiers; Et par toi la vieille Phrygie , Du sang de ses soldats rougie^ Put compter tant de morts et si peu d'héritiers.