SCÈNE PREMIÈRE
DIANE, ARDÉNIE.
DIANE
lioirs dieux ^ que m'as- tu dit?
* ARDÉNIE.
Ce que je viens d'apprendre, Et qu'il m'a sans dessein lui-même fait entendre. Mais écoutez comment : A peine du soleil L'aurore à l'horizon annoncoit le réveil. Que déjà hors du lit, rêvant à la fenêtre, J'ai vu dans le jardin Daraide paraître. Mais dieux»! en quel état ! tenant long-temps les yeux Tantôt dessus la terre , et tantôt vers les deux ; Tantôt marchant un pas , et tantôt arrêtée ; Enfin de tant de soins paroissant agitée, Que je suis descendre avec intention D'apprendre le sujet de son affliction.
Elle a rêvé long-temps sur le bord d'une allée Oii je m'étais sans bruit adroitement coulée ; Et, croisant sans dessein ses bras à tout propos, Enfin d'une voix basse à proféré ces mots : O reine du désordre, inconstante Fortune, Mon repos vient de naître et déjà t'importune ;
6o AGÉSILAN DE COLCHOS,
Ce jeune astre d'amour luit à peine à mes yeiix.
Que ta bizarre humeur me chasse de ces lieux.
Le ciel jusques ici m'était si favorable !
O triste Agésilan! ô Diane adorable!
Aniant infortuné , combien vas-tu souffrir ,
Si tu peux de ces lieux t'éloigner sans mourir!
Jjà, deux ruisseaux de pleurs ont mouillé son visage;
Des sanglots à sa voix ont fermé le passage ; #Et, contre un espalier tristement accoudé,
Il a d'un œil mourant vers le ciel regardé.
Jugez si cependant j'avois l'âme égarée !
D'un pas tremblant, enfin, je me suis retirée.
Brûlante de vous voir et de vous réjouir ' ,De ce que le hasard m'avoit permis d'ouïr.
Son mérite est extrême, il est sage, il est prince;
Falanges est son père , et Cblchos sa province.
Toutes ces qualités font un parfait amant.
yous offenseriez-vous de ce déguisement?
Ne pourriez-yous l'aimer et souffrir ses visites?
Voudriez- vous punir l'effet de vos mérites?
DIANE
Je le devrois, hélas! mais il n'est plus saison
De vouloir sur mes sens rétablir ma raison;
Un amour trop puissant sur mes desseins préside :
Pour le pouvoir haïr f j'aime trop Daraïde;
Et de la même ardeur dont mon cœur l'honora ,
J'honore Agésilan; elle l'eut, il l'aura';
Elle plaisoit, il plaît; j'eus de l'amour pour elle.
Et j'en aurai pour lui , s'il sait m'étre fidèle.
Mais ne t'offense pas de ma discrétion,
Si tu me vois d'abord cacher ma passion.
S'il s'ose découvrir, je saurai si bien feindre,