‹ Œuvres [ed. by E.L.N. Viollet-le-Duc] (volume 4)Chapitre 376 sur 437 · ACTE I, SCENE IX · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE IX

LAT3RE

Quoi, seigneur, au besoin me méconnoissez-vous?

A peine puis-je enoor désabuser ma vue , Et vous-même au miroir, par vous-même déçue ^ Ne vous ponnoîtriez pas sous ce faux, vêtement. Qui vous a conseillé ce travestissement?

Votre fidèle Octave , et sans son assistance

J'opposois à ma perte une vaine défense.

Cet habit m'a soustraite à la fureur du roi :

De ce pas à moi-même il s'est enquis de moi ,

Et je vois bien qu'il faut qu'une même journée

Eclaire pour ma perte et pour votre hyménée.

Vienne donc le parti qui vous est destiné ,

Et que ce triste accord de mon sang soit signé.

Chaque jour de Pologne on attend sa venue.

Ne lui préférez pas une fille inconnue ,

Etrangère , sans bien , et dont l'extraction

Avec votre naissance est sans proportion.

Oui, seigneur, épousez, quelque ardeur qui vous presse.

L'intérêt de l'état bien plus qu'une maîtresse. Le peuple est en ce point plus heureux que les rois. Qu'ils n'ont pas comme lui la liberté du choix ; Qu'attachés par leur rang au bien de leurs provinces, Ils épousent en serfs, et leurs sujets en princes.

ORANtlÉE.

Ah! madame, la peur altère votre for:

Qui juge mal d'autrui fait mal juger de soi. Moi! que je vous perdisse, et qu'après cette perte

On voulût qu'en mon lit une autre soit soufferte !; O l'effroyable monstre , et l'horrible serpent Que je croirois sentir en ma couche rampant 1 Du penser seulement son regard m'empoisonne; Je tremble et je frémis de l'horreur qu'il me donne. Non, non, le roi ne peut, avec tout son courroux, FairQ que je ne vive ou meure ayecque vous. Oui, Laure, nos destins auront même aventure ^, Nous aurons même trône ou même sépulture..

Mais l'infante ?

CRANTEE.

Un des miens lui porte de ma part Un assuré moyen d'empêcher son départ:

Je lui mande en deux mots que ma foi s'est donnée Avant qu'on proposât ce second hyménée, Et que mon père à tort m'a si tard déclaré Ce glorieux dessein qui m'eut trop honoré. Ces termes à peu près sont le sens du message Qui ne sauroit faillir d'arrêter son voyage.

LAURE

Mais que je crains ^ mon prince, avec juste raison,. Qu'ayant, comme je croîs, forcé votre prison, La colère du roi contre vous ne s'aigrisse I

ORAlTTlëE.

Que n'aurois-je franchi, quel fort, quel précipice^. Pour combattre sa rage et pour vous conserver? J'ai hasardé ma vie afin de la sauver. Mais voici qui des d^ux, mon tyran on mon père?

Page 1