SCÈNE X
. Les mêmes; LE ROI, LE COMTE, Gardes.
Qnoi ! confite , ce rebelle a force sa prison ?
Fureur, non plus fureur, mais justice et raison,
Pouvez-vous châtier d'un supplice assez rude
Sa désobéissance et son ingratitude?
Soldats, soyez témoins du serment que je fais,
Et me le reprochez si je le romps jamais:
Par ce front couronné, celte tête sacrée.
De mes ennemis même et crainte et révérée,
Et par cette invincible et vengeresse main
Qui tient de cet état la balance et le frein ,
Je jure, et plaise aux dieux, que la raison en cesse,
Que s'il aigrit d'un mot la fureur qui me presse;
Que si , mutin qu'il est, il montre seulement
La moindre répugnance à mon commandement,
La peine qu'il mérite , et que je lui prépare.
Laissera de ma haine un exemple si rare
Aux pères comme moi bons et comblés d'ennui,
Aux fils contredisans et mutins comme lui,
Que tout langage humain, tcHii âge et toute histoire ,
En gardera l'horreur avecque la mémoire.
Sans rendre ni raison, ni compte de mes vœux.
Je veux ce qu^ je veux , p9rce que je le veux.
LAURE, à Omntée.
Retirez-vous, je tremble, et tout mon sang se glace.
57a LAURE PERSÉCUTÉE,
ORANTis, à genoux.
De vos bontés, monsieur, j'espère plus de grâce : La nature et le sang vous parlercMit pour moi Contre cette peu juste et trop sévère loi.
LE ROI
Te voilà, malheureux? Avec quelle impudence Oses-tu maintenant paroître ea ma présence?
ORAITTÊE, se relevant.
Pour me justifier, j'attends que le courroux,
Ce mauvais conseiller , s'éloigne un peu de vous ;
Et j'appelle , monsieur, de vous-même en colère
A vous-même , mon prince, et mon juge et. mon père,
Qui conservez la forme en rendant l'équité ,,
Et ne condamnez point sans avoir écouté.
L'arrêt de ma prison, rendu sans cette forme
Qu'on ne refuse pas au fait le {Jus énorme.
Peut être transgressé comme une injuste loi
Qui ne vient d^ùn pareat, d'un juge, ni d'un roi,.
LE ROI
Et qu'àllégueroîs-tu qui purgeât ton offense?
ORAirTEE.
Encore un criminel produit-il sa défense.
LE ROI
Avec quel argument détruis-tu mon pouvoir? Quelle loi t'affranchit de celle da devoir , Inviolable et sainte autant que naturelle ?
ORANTIÉE.
Celle de la raison , encor plus forte qu'elle^