SCÈNE PREMIÈRE
OCTAVE, seul.
Je reconnois, Amour, ton pouvoir immortel;
Mon âme t'est un temple , et mon cœur un autel :
Mais n'en exige point ce honteux sacrifice;
Fais plutôt que l'autel et le temple périsse.
Moi, dieux, que j'aime Laure! Insolent Ixion^
Quel dessein et quel vol prendroit ta passion ?
Que je perde sans fruit, par cette perfidie,
L'amitié de mon prince eul'amour de Lydie!
Inutile, importun et coupable penser.
De quel trouble d'esprit me viens-tu traverser ?
O signe trop sensible et preuve trop certaine
Du pouvoir de l'Amour sur la foiblesse humaine !
Un homme peut commettre en la garde d'autrui
Son honneur, ses trésors , son plaisir, son ennui ,
£t ne rien réserver des secrets de son âme,
£t celui seul est fou qui confie une femme :
C'est là qu'il est fatal d'éprouver ses amis,
£t qu'on a hasardé ce qu'on leur a commis;
C'est là que pour soi-même on n'est pas trop fidèle ,
£t c'est de ce seul bien que l'avarice est belle.
58o LAURE PERSÉCUTÉE,