LE ROI, LE COMTE, LAURE
LAURE, aux pieds du roù Grand roi dont la justice égale la puissance, Extermine le vice et soutient l'innocence , De tous les gens de bien l'espoir et le recours, IMon honneur offensé vous demande secours»
LE ROI
Ah! comté, de quels traits de lumière et de flamme Je sens percer mon cœur! Achevez donc, madame.
LAURE
Mon nom est Éllante, et mon père autrefois -
Reçut en votre cour d'honorables emplois ^
Son nom , malgré sa mort, vivra dans vos histoires;
Il vous a de son sang acheté des victoires :
Ce fut Théodamas.
LE ROI
J'ai connu sa valeur; Sa perte avecque vous m'est un commun malheur^ Et j'aliois à sa gloire égaler sa fortune, Quand il paya sa vie à cette loi commune. •
LAURE
Je vis donc avec lui mon espoir abattu ; J'héritai pour tout bien de sa seule vertu ; ' Mais le sort m'enviant encor cette richesse , M'a d'un puissant Tarquin fait la foible Lucrèce : Un jour dedans un temple oîi je priois les dieux, Un jeune cavalier porta sur moi les yeux ; Ce ne fut point au bal , ni sur une fenêtre
586 LÀURE PERSÉCUTÉE ,
Qu'il put m'entretenir ou qu'il me vit paroître ;
Ce sont autant d'appâts qu'on tend aux libertés ,
Et que j'ai toujourS/fuis et toujours évités.
Il me vit donc au temple > et là ces foibles charmes,
Dont les tristes effets me coûtent tant de larmes,
Sans qu'il s'en défendit par le respect des lieux,
M'acquirent les devoirs qu'il venoit rendre aux dieux i
Il s'enquiert de mon nom, me suit, me rend visite.
Brûle, promet, languit, m'écrit, me sollicite.
Et ne fait rien enfin, avec tous ces efforts.
Qu'accroître et qu'irriter d'inutiles transports.
Mais comme assez souvent nous passions sur ces rives,
Une autre fille et moi, quelques heures oisives,
A contempler des flots les divers mouvemens
Ou bien de quelques fleurs faire des omemens,
J'avise en un moment l'appareil de ma perte,
Une superbe nef, de cent drapeaux couverte,
Oîi trop artistement on avoit peint pour moi
Sur des croissans d'argent la terreur et l'effroi ;
Le chef de ce vaisseau , le turban sur la tête,
S'approche, fait du nôtre une prompte conquête,
Puis s'enfuit glorieux du butin qu'il a fait;
Quand moi, qui le croyois être Turc en effet.
Je hausse enfin les yeux, l'avise, le contemple.
Et vois que c'est celui qui m'avoit vue au temple ,
Qui , traître , me ravit sur un traître élément ,
Et que ma perte oblige à ce déguisement.
Le ravisseur enfin tise de l'avantage ;
Dans un calme profond mon honneur fait naufrttge:
De ce mortel affront rien ne me peut sauver.
Et la mer n'a pas d'eaux assez pour m'en laver.
Vengeur de l'innocence et destructeur du vice,