ACTE IV, SCÈNE IL
Vivant comme tu fais , exempt de tout souci , Tu crois qu'il m'est aisé d'en être exempt aussi ; Mais las! si de nos cœurs nous pouvions faire échange, Combien tu trouverois ce changement étrange ! Que tu croirois ton mal loin de sa guérison, Et que tu serois sourd aux lois de la. raison! Ce lieu te plairoit tant , que peut-être l'aurore En ramenant le jour t'y trouveroit encore.
OCTAVE
On souffre volontiers pour un bien qu'on poursuit : Mais quand de sa poursuite on n'attend point de fruit....
ORANTiE.
Que veux-tu ? mon attente étoit une chimère Qui porta des enfans semblables à leur mère ; Comme je bâtissois sur un sable mouvant , J'ai produit des soupirs qui ne sont que du vent.
OCTAVE
Mais si vous confériez avec votre courage D'un si peu supportable et si sensible outrage, Et défendiez l'entrée à tout autre penser, N'espéreriez- vous point que ce mal pût cesser?
ORAITTIÉE.
N'étant pas immortel mon mal ne le peut être; J'en trouverai la fin à force de l'accroître ; J'obtiendrai mon repos de mes propres douleurs , £t par mes pleurs enfin je tarirai mes pleurs.
Lorsque le désespoir à ce point nous possède , C'est un surcroît de mal, et non pas un remède.
6i8 LAURE PERSÉCUTÉE,
ORAWTÉE.
Qu'on m'a fait un plaisir et triste et déplaisant , Et qu'on m'a mis en peine en me désabusant ! Qu'on a blessé mon cœur en guérissant ma vue ! Car enfin mon erreur me plaîsoit inconnue ; D'aucun trouble d'esprit je n'étois agité ^ Et l'abus me servoit plus que la vérité. Moi, que du choix de Laure enfin je me repente! Que jamais à mes yeux Laure ne se présente ! Que de Laure mon cœur ne m*ose entretenir! Que Laure ne soit plus dedans mon souvenir! Que pour Laure mon sein n'enferme qu^une roche ! Que je ne touche à Laure, et jamais ne l'approche! Que pour Laure mes vœux aient été superflus ! Que je n'entende Laure et ne lui parle plus ! Frappe ; je la veux voir.
OCTAVE
Seigneur!
ORANTis.
Frappe, te dis-je.
OCTAVE
Mais songez-vous à quoi votre transport m'oblige ?
ORANTiE.
Ne me conteste point.
OCTAVE
Quel est votre dessein? OR ANTiÉE , tirant son poignard.
Fais tôt, ou je te mets ce poignard dans le sein.
OCTAVE
Eh bien, je vais heurter.