SCÈNE VL
LAURE, ORANTÉE.
LAURE
Qui frappe?
ORAîTTÉE.
C'est Octave. Un mot, et je vous laisse.
LAURE
Venez- vous croître encor la douleur qui me presse, Et me rapportez- vous ces écrits malheureux, Légitimes enfans d'un esprit amoureux, £t si chers autrefois aux yeux de ce barbare
6a4 LAURE PERSÉCUTÉE,
Qui reconnoît si mal une amitié si rare ? La passion m'emporte : excusez ce transport.
ORAlfTlSE.
Le prince reconnoît qu'en effet il eut tort , Et qu'en cette action il crut trop son courage.
LAURE
Ma mort suivra de près un si sensible outrage , Et j'aurai trop long-temps survé.cu son amour Si j'attends pour mourir la naissance du jour. J'aurois tort il est vrai , si je trouvois étrange Qu'au parti qui lui vient sa volonté se range , Puisqu'enfin c'est l'arrêt et d'un père et d'un roi, Et qu'un prince doit plus à ses états qu'à soi : Mais d'amant me traiter en mortel adversaire. Et m'imputer du mal à dessein de m'en faire! Vouloir m'attribuer son infidélité , Et ne pardonner pas à mon honnêteté !
C'est mal fail*e paroître une illustre naissance Qui joint la courtoisie avecque la puissance ; Et c'est bien démentir cette discrétion Qui présida toujours à son affection !
ORAITTIÊE.
J'ignore par quel art il a pu reconnoître L'amour qu'encor ce soir vous m'avez fait paroître; Mais cette connoissance a fait ce changement , Et de sa jalousie est le seul fondement.
LAURE
Octave , rêvez-vous ? Quoi ! votre humeur est vaine Jusqu'au point d'avoir cru me causer de la peine ! L'esprit récuse ici l'autorité des sens ; Quelqu'un le contrefait. Attendez , je descends.
. ( Elle se retire.)