Tome III
LYDIE, h part.
Quand ma compassion me coûteroit ta haine ^ Octave , il faut qu'enfin je les tire de peine.
C'est bien porter le coup le' plus dissimulé
Qui des flammes d'amour ait encore brûlé ,
Et bien savoir user d'une fausse apparence
Que de se contrefaire avec tant d^assurance.
Qui croiroit que jamais, d'effet ou de penser,
Qui me tient ce discours eût voulu m'offenser?
Et toutefois, mes yeux, lâche cœur, âme ingrate,
(Il faut à cette fois que ma douleur éclate)
Mes propres yeux ont vu l'affront que tu m'as fait;
Et l'apparence encor veut démentir l'effet ! /
Certes , Octave est lâche au péril de sa vie ;
Il devoit seconder une si belle envie ;
Il se devoit résoudre à cette afîection :
La fortune vaut bien la résolution.
LAITRE.
Puisque vous le voulez, il faut bien que j'endure
Une si rigoureuse et lâche procédure.
Ma complaisance même ira jusqu'à ce point,
Si cette erreur vous platt, de ne vous l'ôter point:
Mais si votre rigueur ne hait mon innocence
Jusques à lui vouloir défendre sa défense ,
J'espère assez du temps et de la vérité
Pour convaincre d'erreur votre crédulité.
Il ne faut pas , seigneur, croire trop son courage ;
Votre condition répugne à cet outrage :
Tel nous voit aujourd'hui les armes à la main,
Qui les larmes aux yeux nous reverra demain.