ACTE V, SCÈNE IX
Sa superstition trouve des vérités. '
Or presque chaque nuit , du temps de la grossesse
Qui promettoit au jour cette belle princesse ,
Mêmes objets d'horreur toujours lui paroissans ,
Jusqu'à le rendre au lit, altérèrent ses sens :
Ces frayeurs menaçoient sa "maison d'une fille
Qui de l'un de ses chefs priveroit sa famille ,
Et, faisant d\ine cour deux contraires partis^
Contre un père régnant révolteroit son fils ,
Effrayé de ce songe et de cette menace :
« Qu'on retranche , dît-il , ce monstre de ma race ;
Qu'il meure de la main qui naissant le prendra ,
Et qu'il perde le jour le jour qu'il y viendra. »
La reine a voit promis d'accomplir sa colère ;
Mais son cœur fut touché d'un sentiment de mère ,
Qui lui fit redouter la justice des cieux
Et mettre entre mes mains ce dépôt précieux.
Elle fit croire au roi que la fille étoit morte ,
Et m'ayant fait venir me parla de la sorte :
«Ya, sauve, Clidamas,. et par un prompt départ,
Ce gage que le ciel te commet de ma part.
Je sais combien ton soin ine fut toujours fidèle ;
Garde encor que jamais ce secret se révèle,
Si ce n'est quand les loix d'hyménée et d'amour
Obligeront sa sœur à quitter cette cour. »
Hélas! après ces mots, suivis de quelques autres,
M'ayant mis dans les mains ce que. je mets aux vôtres ,
£t m'ayant obligé d'un, solennel serment
A garder ce secret inviolablement,
Soit d'effort de sa couche, ou d^excès de tristesse,
La douleur de la mort saisit cette princesse ; '
Et moi, fuyant le rot, me rendis en ces lieux,
Où j'eus soin d'élever ce chef-d'œuvre des cienai. Quand j'y pense depuis, la mort de votre mère. Et le long différent du prince et de son père, Ont été les effets du songe n^alheureux Qui mena.çoit ses jours d'yn sort si rigoureux y Le respect du serment que }e fis à la reine M'a toujours empêcl^é de les tirer de peine ; Et voici l'heureux joui;*, le jour si désiré Par qui de ce secret le tepips est expiré.