SCÈNE IV
DIANE, SIDONIE, ARDÉNIE.
Quoi ! la froideur succède à cette atd^ur extrême ? Vous aimiez Daraide à l'égal de Vous-même. Quelle dissension divise vos esprits ?
Je n'ai pour son sujet ni froideur ni mépris ;
Les dieux me sont témoins qu'elle m'est toujours chère,
Et que de mon amour procède ma colère :
Elle voit ma cousine ave,c des yeux si doux ,
Que mon cœur, je l'avoue , en est un peu jaloux. ,
Je rends ce qu'on me donne alors qu'on me partage;
Je ne veux rien du tout, ou je veux davantage;
Elle peut faire choix d'Ardénie ou de moi ;
Mais je veux, si je l'aime, avoir seule sa foi.
DARAÏDE.
Après cette faveur contraire à mon attente
Je reste sans souhaits et je pars trop contente.
Calmez, hélas! calmez ce funeste courroux; Mon cœur vous aime entier , entier il est à vous; Il n'a point d'autre objet, c'est son unique envie; Il faut pour vous l'ôter m'ôter aussi la vie : Ou ne voir plus en vous ces ornemens divers Qui vous rendent l'honneur de tout cet univers.
DIANE
A ces conditions Daraïde m'est chère Autant que l'est aux fleurs cette douce lumière Qui leur fait à nies yeux étaler leurs beautés,, Et met en leurs couleurs tant de diversités:
( Elle lui donne un baiser. )
Adieu, prends sur mon âme une entière puissance, Et pardonne à l'amour cette légère offense. Les querçUes souvent ont un heureux succès; Et faillir de la sorte est prouver son excès.
SIDONIE
Adieu; bientôt le ciel, ma chère Daraïde, Te fasse pour mpn^bien rencontrer ce perfide. Le temps accroît mon mal , et mon soulagement Dépend ou de la mort ou de toi seulement.
DARAÏDE.
Si mes vœux sont suivis du succès que j'espère , Madame , ils serviront votre juste colèfe : Croyez que je tiendrai plus cher que la clarté L'homieur de satisfaire à votre majesté.
(Elle sort.)