SCÈNE VI
FLORISEL, DARAIDE , DARINEL.
daraIde.
Que vois-je ? quel effet d'un furieux orage Nous peint ici des vents Tinsolence et la rage ; Et quel est ce guerrier qu'un destin si cruel Na pu Le dois-j^ croire? ô dieux I c'est Florisel!
FLORISEL. '
Oh ! l'heureuse rencontre , incroyable merveille ! Je vois AgésiUnx, s'il est vrai fue je veille ; Ce visage a des traits à mes yeux trop connus ,- Et Mars respire ici sous l'habit de Vénus.
Quel mépris de la vie, ou quel malheur, grand prince, Vous a fait aborder dedans cette province Oii la fin. de vos jours est un souhait si cher ? Venez- vous m'apporter ce que j'allois chercher? Sidonie à mon hras a remis w vengeance ; Et, pour ma propre perte ou pour son allégeance , J'allois, en vous cherchant, faire le même tour Dont le seieil commence et termine le jour.
^% AGÉSISAN DE COLCHOS,
FLORISEL
Apprenez en deux mots quelle est mon aventure , Et j'apprendrai de vous celle qui m'est future. J'allois en Silésie^ où depuis quelques jours Sa princesse assiégée implore mon secours : Mais mes vaisseaux, battus d'un furieux orage Et poussés par les vents, ont ici fait naufrage; J'en suis échappé seul, et peut-être mon sort M'a voulu réserver pour une pire mort.
De vos mains toutefois elle me sera chère; Et si pour votre amour ma tête est nécessaire , Je l'offre sans contrainte à vos moindres efforts , Et j'irai , trop content , croître le rang des morts*
BARAÏDE.
Vidons votre querelle aux yeux de Sidonie j Que j'obtienne de vous cette grâce infinie; Et recevez ma foi que sî , victorieux, Après notre combat vous restez en ces lieux, Tous desseins cesseront de la part de la reine ,, Et que ce seul duel satisfera sa haine.
FLORISEL
* Attendons à demain à paroître à la cour ;
Laissez-moi de repos le reste de ce jour :
Je me trouve si las des efforts de l'orage.
Qu'à peine je pourrai partir de ce rivage.
Faites que sûrement, et sans me faire voir,
Je puisse en quelque lieu reposer tout le soir.
BARAÎDE.
Suivez«moi seulement. Dieux! l'heureuse aventure!