‹ Œuvres [ed. by E.L.N. Viollet-le-Duc] (volume 4)Chapitre 48 sur 437 · ACTE V, SCÈNE · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE

Prouve mieux son pouvoir que mes faveurs n'ont fait ; Il mourra toutefois, si Ton sert ton envie : ^ Cet amour est cruel qui lui coûte la vie , £t qui doit quelque jour exposer à tes yeui; Les siens privés par toi de la clarté des cieux. Quelle constance alors ne mettra bas les armes? Quel rocher est ton cœur, si tu ne fonds en larmes? Quelles sont ces ardeurs , et quel est cet amour, S'il t'est possible alors de conserver le jour? Ah ! défends d'accomplir cet arrêt homicide ,

Force ta passion , fais suivre Daraîde

Mais , bons dieux, qu'à propos elle revient ici , Et qu'elle me guérit d'un extrême souci !

(A Daraîde. )

Ne sers point ma fureur, agréable guerrière ;

Mon esprit adouci rétracte sa 'prière :

Qu'il vive, cet ingrat et détestable amant,

Et de ma passion triomphe insolemment.

Si son crime fut ^and , mon amour est extrême ,

Et sa mort me feroit plus mourir que lui-même.

M'obéir est me nuire : un amant irrité

Cesse tôt de vouloir ce qu'il a souhaité.

De savoir 'l'abuser dépend l'art de lui pkire;

£t son aveuglement rend cet art nécessaire.

DARAÎDE.

. O fille malheureuse! 6 rigueur de mon sort! Portez contre mon sein l'instrument de sa mort :

( Elle présente son ëpëe à Sidonte.)

Madame , il ne vit plus ; ce bras et cette lame Ont à ce jeune prince ôté la tête et l'àme. - Que par le même fer le jour me soit été , Puisque j'ai pu déplaire à votre majesté.

SIDONIE

Tous mes sens sont troublés^ mon jugement s'égare^

Et presque de mon corps mon âme se sépare ;.

Un glaçon (juî me gèle en mes veines s!étend,

Et cette prompte horreur tout mon corps entreprend.

O dieux î que me dis-tu! S'il est vrai, Daraïde,

Que je voye le bras meurtrier de ce perfide ,

Qu'il tie me laisse pas respirer un moment ;

Qu'il défasse l'amante ayant défait Famant*

Mais, dieux, te puis-je croire, et sur quelle apparence

Dois-je de cette mort établir l'assurance ?

En quel pays si proche, en quel port, sous quels cieux

L'as-tu pu rencontrer, toi qui pars de ces lieux?

JDARAÏDE.

Il tiroit vers la Thrace, et la fureur de l'onde ' A fait ici l'écueil de sa nef vagabonde : Je l'ai vu sur la rivC/ au partir de ce lieu ; D'un moment sa rencontre a suivi mon adieu ; Il a senti plutôt qu'entendu votre, envie , Et deux coups ont fini ce duel et sa vie. J'ai laissé ce sujet de votre désespoir En la chambre prochaine oîi vous le pourrez voir. Car d'exposer sa tête aux yeux de tout le monde.....

SIDONi£.

O fatale vengeance! o douleur sans seéonde ! J'apprends cette nouvelle et je ne mourrai pas! Il faut, cher Florisel, il faut suivre tes pas. J'ai dû pour mion honneur poursuivre ton supplice , Je dois pour mon amour t'offrir ce sacrifice ; Attends : que ton esprit, séparé de ton corps, Ne marche pas sans suite au royaume des morts;

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