‹ Œuvres [ed. by E.L.N. Viollet-le-Duc] (volume 4)Chapitre 5 sur 437 · ACTE I, SCÈNE II. ii · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE II. ii

DARIBrSIi.

Votre seule beauté charme tout l'univers,

Et le ciel sur vous seul tient tous ses yeux ouverts:

Il n'est rien d'adorable après votre visage.

AGÉSILAN

Ten présume un peu moins.

DABIITEL.

Peut-être davantage.

Croyez-vous regarder un objet de bon œil Sans tirer pour le moins une âme du cercueil? Je connois vos pareils : qu'une dame soupire, Qu'à ijuelcjue souvenir elle vienne à sourire , Ou qu'elle ait le regard de nature amoureux, Us disent qu'elle en tient , et prennent tout pour eux. Lors d'un geste affecté : Certes , mademoiselle^ Le ciel , lui disent-ils , en vous faisant si belle , Eut de mauvais desseins pour notre liberté. Lors ils expliquent tout $elon leur vanité : Si la dame rougit, c'çst d'ua amour extrême; Qu'elle réponde ou non , c'est d'amour tout de même ; Ils s'estiment reçus dès qu'ils se sont offerts , £t dans leur sentiment la plus libre est aux fei*s.

AGiSILAN.

Tu nous peins savamment.

PARIITEL.

Libre et franc de nature , Aux objets que, je peins j'égale la peinture ; Je dis ce que je pense , et suis fâché pour vous De vous voir conformer à l'humeur de ces fous^ Mais quel funeste objet à mes yeux se présente 1^

la AGÉSILAN DE COLCHOS,

La terre sous nos pas, en chaque endroit sanglante,

Me fait mal présumer de l'état de ce corps,

Et croire que l'esprit croît le nombre des morts.

Sans doute il ne vit plus. Quelle est cette aventure? - Attends : du sang qui coule encor de sa blessure Fait voir qu'il n'est pas mort , et qu'un peu de secours Peut-être de sa vie allongera le cours. Il faut bander sa plaie.

DARiiçEL, tirant une petite bouteille de sa poche.

Et j'ai la médecine En quoi le ciel a mis une vertu .divine, Qui guérit de tous maux, qui conforte le co^ur, Et des. plus languissans rétablit la vigueur.

Ce sont là tes amours?

DARIIÎEL.

C'est la seule mattresse Qui possède mes vœux, à qui je fais caresse : Je la porte partout, et ne la puis quitter Pour le pouvoir qu'elle a de me ressusciter. Je l'éprouve toujours propice à mon envie; Et ses moindres baisers peuvent rendre la vie,

AGÉSILAlf,

Essayons sa vertu,

DARINEL

Voyez le 'changement ' Que produit sur un mort ce nectar si, charmant; Voyez comme à ses yeux le ciel rend la lumière 9 Et lui fait entr'ouvrîr sa 4ébile paupiipra.

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