ACTE V, SCÈNE IIL
Jen fuis , en la suivant , cent qtie tu me destines. Elle a pour moi des fleurs, et toi que des épines; Tu m'as abandonnée, elle m'offre sa main; Elle me sera douce , et tu m'es înhumam*
FLORISEL
Puis-je estimer, hélas! qu'une beauté si rare Pour mon sujet puisse être à soi-même barbare ? Plutôt , plutôt vos mains tournent contre mon sein. Puisque seul j'ai failli, ce funeste dessein!
SIDONfE*
J'avois conclu ta mort, et je l'ai soubaitée;
Jusqu'à cette fureur mon amour m'a portée :
Mais ma main sait trouver, agréable vainqueur,
Aussi peu que mes yeux le chemin de ton cœur :
Haussant à ce dessein , elle tombe engourdie ;
Contre mon sein tournée elle est bien plus hardie ;
Laisse-lui témoigner ce reste de vigueur;
Pourquoi lui défens-tu ce que veut ta rigueur ?
Contre mes jours, hélas! tu Tas seul animée; i
C'est toi qui veux ma mort ^ c'est toi qui Tas armée,
Cest de oe traître prix que tu payes mes vœux :
Souffre ce que tu fais , permets ce que tu veux*
Je ne te presse point par mon amour extrême,
Par mes longues faveurs , par le fruit de toi-même
(Diane, ce présent que nous tenons des cieux)^
De m'être plus humain, de rester en ces lieux :
Tes charmes ont leur prix, mes défauts ont leur peine;
Tu mérites mes vœux , je mérite ta haine.
Mais puiscjue ta pitié ne me peut secourir,
Qu'elle me laisse au moins les moyens de mourir :
Puiqu'avant mon trépas, et contre mon attente ,
J'ai revu Florisel, je mourrai trop contente.
FLORisEL, à gènoua.
Tenir contre un objet si rare et si charmant ,
C'est tenir, Florisel, contre le jugement.
De trop doux ennemis te forcent de te rendre ;
Ton cœur contre leurs coups ne peut plus se défendre ;
Et sans être toi-même à toi-même cruel ,
Tu ne lui peux nier un amour mutuel.
Fermez la bonde aux pleurs , et prenez , grande reine ,
Dessus mes volontés le nom de souveraine ,
S'il vous est doux encor d'asservir ma raison/
Et si mon repentir est encor de saison.
SIDONIE
O frivole discours dont tu flattes ma peine , Que tu peux m'abuser d'une espérance vaine! Tu promets sans dessein ; je dois à la pitié Ce faux soulagement bien pkis qu'à l'amitié.
FLORISEL
Je cède à toutes. deux votre force absolue, £n 'moi ne trouvez plus une âme irrésolue : Auteur des bons désirs , dieux , soyez-moi témoins Qu'à ses beautés je rends et mes vœux et mes soins : Et toi dont le pouvoir préside aux hyménées , D'un lien éternel conjoins nos destinées.
DARAÏDE.
o divin changement ! que mes sens sont ravis !
SIDOiriE.
Puis-je ouïr ce discours sans douter si je vis? Quoi , mon amour chez toi ne trouve plus d'obstacle ! Qui le pourroit juger? qui croiroit ce miracle? O mon cher Florisel !