‹ Œuvres [ed. by E.L.N. Viollet-le-Duc] (volume 4)Chapitre 65 sur 437 · ACTE I, SCENE II. ïo · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE II. ïo

Il faut que de ces maîns je déchire le sein Où tu conçus pour moi ce damnable dessein ; II faut que de mes dents j'arrache cette langue Qui me fit une sale et funeste harangue. Par toi, monstre d*cnfer,' peste de cette cour, Je perdis mon honneur et je perdrai le jour.

CJaAiiiiLTHE^àpare.

Quel soudain changement î quelle ardeur insensée! Quel trouble , quel transport agite sa pensée ?

HERMANTE.

Traîtresse, j'ai le fruit de ces sales avis Dont tu m*as tant pressée et que j'ai trop suivis: Mon honneur étouffé , mon espérance morte , Sont les heureux, succès que ton conseil m'apporte : Voilà cette grandeur, ce sceptre, ces honneurs, Que m'ont fait espérer (es discours suborneurs!

GLARIANE.

Qu'à vos justes douleurs mon trépas satisfasse^ Et que le ciel me juge indigne de sa grâce , Si je n'avois du roi ce solennel serment, Qu'il devoit s'abaisser par votre avancement, Que vous partageriez son rang et sa fortune , Et qu'il trouvoit sans vous la lumière importune.

HERMÀNTE.

C'est ainsi que l'amour dépouille la vertu : II dépouille l'éclat dont il est revêtu , Prend le titre d'enfant , se bande le visage , Se laisse captiver, offre, promet, s'engage. Et , quand par cette ruse il se voit triomphant , Change au nom du tyran la qualité d'enfant ; En l'acquisition il met toute sa gloire , Et , quand il a vaincu , méprise sa victoire :

io4 L'INNOCENTE INFIDÉLITÉ,

. Qui tâche à l^acquérir tâche de s'en priver ; Et des refus dépend Theur de se conserver. Mais son mépris en moi trouve une âme sensible.. Qu'on invente une mort éppuvantahle , horrible ; Qu'on apprête à iQe& yeux les flammes et les fers; Que le roi , s'il se peut ^ fasse ouvrir les enfers , Rien ne me peut ravir le dessein légitime De mériter la mort au moins par un beau crime. Qui peut perdre l'honneur et ne se cacher pas , Peut d'un front assuré voir l'horreur du trépas*.

CLARIANE.. ^

Dieux î que proposez- vous ? quel crime, quel earnage? Qui pour vaincre se perd n'a qu'un triste avantage. En cette extrémité consuhez la raison , Armez votre vertu contre sa trahisoi ; Ou , si votre fureur vous en doit la vengeance^ De ma mort seulement tirez cette allégeance , Et pour vous conserver perdez ce foible corps Qui ne peut résister à vos moindres efforts.

HERMANTE..

O combat! ô vengeance indigne d*un courage Qui veut voir une reine immolée- k sa rage ! . Tes yeux privés du jour ^ et ton sang répandu , Mettront-ils en mes mains le sceptre qui m'est dû ; Et ce bras ne doit-il qu'être ton homicide Pour rendre à mes désirs les vœux de ce perfide ? O légère vengeance! 6 faux soulagement!

Suis, sans plus consulter, suis ton ressentiment; Porte le coup mortel au sein de Parthénie : Qu'elle n'obtienne pas ce qu'un ingrat me nie. Quoi! ta riv^lç auroit les fruits de ton honneur 1

Page 1