SCÈNE IV
FÉLISMOND, ÉVANDRE.
FiLISMONO.
Toi qui sous le respect de tes divines lois Ranges également les peuples et les rois, 0 ciel , étends sur moi ton bras épouvantable» Que tarde ton courroux? jiunis ce détestable. Quel plus lâche infracteur te peut-il immoler? Je n'embrasse tes lois que pour les violer : Ce profane mortel de ton pouvoir se joue; Il te demande im nœud qu'aussitôt il dénoue; Il porte dans ton temple un cœur dévotieux , Et l'emporte en sortant rebelle et vicieux.
]6VAKDRE.
Sire, quel changement, quelle douleur vous presse En une si commune et si juste allégresse ? Tous vos peuples ravis sautent avecque vœux ; L'Épire n'est qu'un feu formé. de mille feux; En cet heureux hymen tout notre bien consiste, Et de tous ces plaisirs la seule cause est triste! Chacun vous applaudit, tous par vous sont contins, Et la mélancolie est votre passe-temps !
FÉLISHOND.
Que les astres cruels qui font mon aventure Ne m'ont au lieu d'un lit ouvert la sépulture? Tyran des libertés, Hymen, que ton flambeau Ne m'a-t-tt échirë de l'autel au tombeau? 0 servage fatal ! ô noce infortunée !
0 cent fois malheureuse et maudite journée !
ITO L'INWOCEIÎTE INFIDELITE,
Sire, vous blasphémez contre un lien sacré Que les plus vicieux ont toujours révéré. Certaines deités, simples et moins austères, Laissent imprudemment profaner leurs mystères : Vénus s'acquiert du droit sur beaucoup de mortels. Mais on peut sans danger démolir ses autels; Le dieu de la clarté, Mars, Junon, ni Mercure, N'exigent point de nous une candeur si pure. Mais , sire , quand Tlymen possède notre foi , Il veut qu'exactement on révère sa loi ; Et les crimes qu'on fait contre ce qull ordonne Sont suivis de malheurs qui n'épargnent personne. La reine a pour vos yeux eu des charmes si doux, Et ces noces ont fait tant de princes jaloux! Méprisez-vous sitôt un bien si délectable , Et ne trouvez-vous plus votre choix équitable?
Fl^LISMOlVD.
Je sais que Parthénie a des attraits chaiinans;
Je ne veux rien oter à ses doux omemèns ;
Je connois ses vertus, elle est sage , elle est belle ,
Et le ciel sait aussi quels respects j'ai pour elle :
Mais pour mes yeux Hermante a des charmes secrets
Qui font nK)urir ma joie et naître mes regrets :
Je connois leur naissance et leur vie inégale^
J'abhorre comme toi ma passion brutale;
Mais un trop fort instinct me bâtit ma prison,
Et mon âme charmée est sourde à la raison.
Hermante, beau sujet de l'ennui qui me touche,
Qu'une importune loi te dérobe à ma ôouche !
Quoi ! ta fidélité ne me pouvoit toucher ,
Et je me suis privé d'un bien qui m'est si cherl