A.CTE II, SCENE IV
ÉVANDRE
Quoi! sire, une faveur qui vous (ut si commune Fa pas éteint encor cette flaihme importune, Et laisse si long-temps votre inclination A ce lascif objet de votre passion?
FÉLISMOND.
Ah! c*est trop, cher Évandre, outrager son mérite: De cette vérité mon oreille s*irrite ; Estime son humeur , parle de ses appas, Et ne m'entretiens point de ce qu'elle n'a pas. Paime ce qui me plait, et mes lascives flammes Ne cherchent la vertu ni l'honneur dans les dames; Taime an temple leur crainte et leur honnêteté , Au lit leur belle humeur et leur facilité. Hermante, cet objet pour qui mon cœur soupire, Ayant ces qualités, a ce que je désire.. Où brille loin de moi cet astre de ces lieux ? Quels antres , quels enfers la cachent à mes yeux ?
EVANDRE
Repoussez constamment ces premières atteintes Qui vous feroient l'objet de nos communes plaintes. Sire , n'attirez pas sur votre majesté La colère d'un dieu justement irrité:
Contre ce rude assaut armez votre courage^ Un long calme suivra ce prompt et court orage.
EÉLISMOBrn.
C'est trop, timide roi , combattre tes plaisirs ; . «
Suis, triste Felismond, surs tes jeunes désirs : ^
Tes amis, tes sujets, les dieux, ni Parthénie,
Ne modéreront pas ton ardeur infinie.
Foule aux pieds tout respect: suis ce fatal aimant,
£t péris s'il le faut en ton aveuglement.
laa L'INNOCENTE INFIDÉLITÉ^
Sire !
FELISMOITD.
Toute raison m'est importune et vaine Dans le dessein que j'ai de soulager ma peine» Si mon repos t'est cher
JÊVANDRE.
Hélas! plus que le jour»
F£LISM015rD.
Au lieu de m'accuser, oblige mon amour;
Cherche cette beauté dont toute âme est ravie ,
Accourcis mon attente et prolonge ma vie.
Doux charme de mes sens, quel endroit écarte
Cache à mes tristes yeux ta divine clarté ?
L'envie enragera des biens que je t'apprête ,
Et de voir que mon. cœur soit deux fois ta concjuête.
Mais de tous ces assauts mes vœux triompheront ,
Mes bras parmi les tiens encor se mêleront,
lïous serpns indulgens à nos jeunes caprices ,
Et la mort seulement finira nos délices.
O doux ravissement! ce jeune astre d'amour
 mes tristes regards a ramené le jour.
Charme de mes désirs, belle et naissante Aurore ,
Crains-tu de ril'éclairer, et fuis-tu qui t'adore ?
En quels lieux , mon souci , peux-tu dresser tes pas
Où tu trouves un roi captif de tes appas?