‹ Œuvres [ed. by E.L.N. Viollet-le-Duc] (volume 4)Chapitre 99 sur 437 · ACTE IV, SCÈNE IV. i · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE IV. i

Revenez dans une heure ; armez à l'avantage , Car Évandre est pourvu d'adresse et de courage.

La porte du jardin, ouverte à ce dessein

Mais quel soudain frisson me glace tout le sein ?

GLARIMOND.

Bientôt par le succès ta peur sera bannie.

CLARTAlfE.

Adieu, retirez-vous; j'aperçois Lëonie.

(Clarimond et Thersandre sortent. Entre Lëoriie. )

Ma chère Léonie^ en quel lieu solitaire Nous confine le ciel ?

LÉONIE

Dieux ! qu'il nous est contraire !

CLARIAITE.

Faut-il que désormais ton éloquente voix

N'ait plus que l'entretien des rochers et des bois?

Ne conteras-tu plus ton amoureuse peine

Qu'à l'écho d'un jardin, d'un mur, d'une fontaine?

Ah! que nous respirons en ce triste séjour

Un air bien différent de celui de la cour!

LioiriE.

A qui ne l'a goûté cet air est difficile;

Mais la nécessité rend la plainte inutile.

Quel espoir de remède à ce malheur est joint ,

£t quel chercherons-nous à ce qui n'en a point?

CLARIANE.

La mort est le seul mal qui n'a point de remède ; A des esprits adroits toute infortune cède : Notre timidité fait nos pires malheurs, Et tout cœur généreux peut vaincre ses douleurs. Seconde mon dessein, et je tire la reine,

i44 L'INNOCENTE INFIDÉLITÉ, Avant qu'il soit une heure , et nous-mêmes de peine. Mais fais-moi preuve ici rie ta fidélité.

LÉONIE

Oïl ne voudrois-je point servir sa majesté?

ClaRîane.

C'est lui rendre en effet un favorable office; Mais il faut quelquefois cacher même un service; Et tel qui ne peut pas discerner un bienfait,. D'abord peut s'offenser d'un plaisir qu'on lui fait; Telle sa majesté ^ d'amour préoccupée , Pour ce prince qui l'a si lâchement trompée , Quelque bien qu'on lui fît le pourroit refuser, Et même en la servant il la faut abuser. Tu sais que, par un lâche et détestable crime, Le roi croit que ce soir on en fait sa victime, Et que déjà du jour ses beaux yeux sont privés. Evandre toutefois a ses jours conservés : Mais quel est son remède en ce malheur extrême? Elle éprouve un secours pire que la mort même ; Et, sans cueillir les fruits de sa jeune saison ^ Se fait de ce désert une étroite prison. Seroit-il pas meilleur que hors de la province Elle évitât la haine et la fureur du prince? Car ce lieu m'est suspect , et les rois ont des yeux Qui peuvent pénétrer dans les plus sombres lieux.

LÉONIE

J'approuve ce dessein; mais sous quelle conduite Peut-elle de ce prince éviter la poursuite?

CLARIAIfE.

D'un seigneur qui l'estime avecque passion ; Et c'est ce que je fie à ta discrétion.

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