ACTE I, SCÈNE F. iSi
Il passe pour eruel sHl garde la justice,
S11 est «feux pour timide et partisan du vice ;
Sll se porte à la guerre il dit des malheureux;
S'il entretient la paix il n'est pas généreux ;
S'il pardonne il est mou , s'il se venge , barhare ;
S'il donne il est prodigue, et s'il épargne, avare;.
Ses desseins les plus purs et les plus innocens.
Toujours en quelque esprit jettent un mauvais sens ,
Et jamais sa vertu-, tant soit-elle connue.
En l'estime des siens ne passe toute nue :
Si donc pour mériter de régir des états ,
La plus pure vertu même ne suffit pas ,
Par quel heur voulez-vous que le règne succède
( Ladif las témoigne de rimpatiencc.)
A des esprits oisifs que le vice possède , Hors de leurs voluptés incapables d'agir, Et qui ser& de leurs sens ne se sauroient régir ? Ici mon seul respect contient votre caprice : Mais examinez-vous et rendez-vous justice ; Pouvez- vous attenter sur ceux dont j'ai fait choix. Pour soutenir mon trône et dispenser mes lois , Sans blesser les respects dus à mon diadème , Et sans en même temps attenter sur moi-même ? Le duc par sa fieiveur vous a blessé les yeux , Et parce qu'il m'est cher il vous est odieux : Mais Vibrant d'un côté sa ^lendeur non commune ^ Voyez par quels degrés il monte à sa fortune; Songez combien son bras a mon trône affermi: Et mon affection vous fait son ennemi ! Encore est-ce trop peu : votre aveugle colère Le hait en autrui même et passe à votre frère ;, Votre jalouse humeur ne lui sauroit soufTric
i82 VENCESLAS,
La liberté d^aimer ce qu'il me voit chérir; Son amour pour le duc a produit votre haine; Cherchez un digne objet à cette humeur hautaine^ Employez, em{rfoyez ces bouillans mouvement - A combattre Forguett des peuples ottomans y Renouvelez contre eux nos fiaines immortelles ^ Et soyez^ généreux «i de justes querelles : Mais contre votre frère et €X>ntre un favori Nécessaire à son roi plus qu'il n'en est chéri^ Et qui de tant de bras qu'armoit la Moscovie Vient de sauver moa sceptre, et peut-être ma vie^ C'est un emploi célèbre et digne d'un grand cœur !..» Votre caprice enfin veut régler ma faveur: Je sais mal impliquer mon amour et ma haine , Et c'est de vos leçons qu'il faut que je l'apprenne , J'auroîs mal profité de Tusage et du temps!
LADISLAS
Soufïrez
Encore un mot, et puis je vous entends: S'il faut qu'à cent rapports ma créance réponde. Rarement le soleil rend la lumière au monde ^ Que le premier rayon qu'il répand ici-bas N'y découvre quelqu'un de vos assassinats; Ou du moins on vous tient en si mauvaise estime, Qu'innocent ou coupable on vous charge du crime. Et que, vous offensant d'un soupçon étemel, Aux bras du sommeil même on vous fait criminel. Sous ce fatal soupçon qui défend qu'on me craigne, On se venge, on s'égorge, et l'impunité règne; Et ce juste mépris de mon autorité