ACTE r, SCÈNE L
Et que Tos passions , ces rebelles sujets ,
De cette noble ardeur soient les premiers objets ,
P^ ce genre de règne il faut mériter l'autre :
A ces titres , mon fib , mon rang sera le vôtre ;
Mes états, mes sujets, tout fléchira sous vous;
Et, sujet de tous seul , tous régnerez sur tous.
Mais si , toujours Tou^méme , en esclave du vice ,
Vous ne prenes de loi que de votre caprice ;
Et û , pour encourir votre indignation ,
II ne faut qu'avoir part en mon affection ;
Si votre humeur hautaine , enfln , ne considère
Ni les profonds respects dont le duc vous révère ,
Ni l'étroite amitié dont Tinfant vous chérit ,
Ni la soumission d'un peuple qui vous rit,
Ni cPnn père et d'un roi le conseil salutaire ;
lors , pour être tout roi , je ne serai plus père ,
Et, vous abandonnant k la rigueur des lois ,
Aux dépens de. mon sang je nuintiendrai mes droits.
LADISLAS
Encor que de ma part tous vous choque et vous blesse ,
En quelque étonnement que ce discours me laisse ,
le tire au moins ce fruit de mon attention ,
D'avoir su vous complaire en cette occasion ;
Et sur chacun des points qui semblent me confondre ,
Pai de quoi me défimdre et de quoi vous répondre ,
Si j'obtiens k mon tour et l'oreille et le cœur.
VEirCESLAS.
Parlez; je gagnerai , vaincu plus que vainqueur : h garde encor pour vous les sentimens d'un père ; Ëtmon erreur détruite alors me sera chère.
An retour de la chasse , hier, avec les miens , ^OQs occupant sans choix de divers entretiens , Tombés sur le discours des intérêts des princes , "0U8 en vînmes sur l'art de régir les provinces , ^ù chacun à son gré forgeant des potentats ,
^70 YENCESLAS,
Chacun selon son sens gouvernant vos états ,
Et presque aucun avis ne se trouvant conforme ,
L'un prise votre règne, un autre le réforme;
ri trouve ses censeurs comme ses partisans ;
Mais généralement chacun plaint vos vieux ans.
Moi , sans m'imagi'ner vous faire aucune injure,
Je glissai mes avis dans ce lihre murmure y
Et , mon sein à ma voix s'osant trop confier.
Ce discours m'échappa , je ne puis le nier :
« Comment, dis-je , mon përe accablé de tant d'âge,
» Et la force aujourd'hui servant mal son courage ,
» Ne me charge-t^il pas , avant d'y succomber,
» D'un pénible fardeau qui le fera tomber?
» Devroit-il, me pouvant assurer sa couronne,
» Hasarder que l'état me l'ôte ou me la donne ? "^
>» Et n'ai-je pas appris sous son gouvernement
» Assez de politique et de raisonnement , ,
M Pour savoir à quels soins oblige un diadème,
» Ce qu'un roi doit aux siens, à l'état , à soi-même ,
» A ses confédérés , a la foi des traités ;
» Quel terme il doit prescrire à ses droits limités;
» Quelle guerre est nuisible , ou quelle est d'importance;
» A qui , quand , et comment il doit son assistance ;
» Et, jusqu'en l'avenir portant ses soins prudens,
» Quel ordre il doit tenir et dehors et dedans ?
» Ne sais- je pas qu'un roi qui veut qu'on le révère
» Doit mêler à propos l'affable et le sévère ,
» Et, selon l'exigence et des tçmps et des lieux,
» Savoir faire parler et son front et ses yeux;
» Mettre bien la franchise et la feinte en usage ^
» Porter tantôt uil masque et tatitôt un visage;
» Quelque avis qu'on lui donne être toujours pareil ;
» Et se croire souvent plus que tout son conseil :
» Mais surtout ( et delà dépend l'heur des couronnes)
» Appliquer sagement les emplois aux personnes , <
» Et faire , par des choix judicieux et sains ,
» Tomber le ministère en de fidèles mains ;