‹ Œuvres [ed. by E.L.N. Viollet-le-Duc]Chapitre 27 sur 432 · ACTE III, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE IV

Tu ssùs , s^îl t'en souvient , de quelle résistance Ma mère en cet amour combattit ta constance ; Non ({u'un si cher parti ne nous fût glorieux, Mais pomt' sa répugnance au culte de tes dieux. De César toutefois la suprême puissance Obtint ce triste aveu de son obéi$sance; Ses larmes seuleipent marquèrent ses douleurs; Car qu'est-ce qu'une esclave a de plus que des pleiurs? Enfin le Jour venu que je te fus donnée : « Va, me dit-elle à part , va, fille infortunée, Puisqu'il plaît à César; mais surtout souviens-toi D'être fidèle au Dieu dpnt nous suivons la loi , aXè De n'adresser qu'à lui tes vœux et tes prières , "•If*'' De renoncer au jour plutôt qu'à ses lumières , Et détester autant les dieux de ton époux Que ses chastes baisers te doivent être doux.» Au défaut de ma voix mes pleurs lui répondirent Tes gens dedans ton char aussitôt me rendirent. Mais l'esprit si rempli de cette impression Qu'à peine eus-je des yeux pour voir ta passion ; Et qu'il fallut du temps pour ranger ma franchise Au point où ton mérite à la fin l'a soumise. L'œil qui voit dans les cœurs clair comme dans les cieux Sait quelle aversion j'ai depuis pour tes dieux; Et depuis notre hymen jamais leur culte impie , Si tu Tal î)bservé , ne m'a coûté d'hostie ; Jamais sur leurs autels mes encens n'ont fumé; Et lorsque je t'ai vu , de fureur enflammé , Y faire tant offrir d'innocentes victimes, à

J'ai souhaité cent fois de mourir pour tes crimes , w Et cent fois vers le ciel, témoin de mes douleurs , Poussé pour toi des vœux accompagnés de pleurs.

ADRIEN

Enfin je reconnois, ma chère Natalie, Que je dois mon salut au saint nœud qui nous lie. Permets-moi toutefois de me plaindre à mon tour : Me voyant te chérir d'une si tendre amour, Y pouvois-tu répondre et me tenir cachée Cette céleste ardeur dont Dieu t'avoit touchée? Peux-tu sans t'émouvoir avoir vu ton époux Contre tant d'innocfens exercer son courroux?

NATALIE

Ssfïs m'émouvoir! Hélas! le ciel sait si tes armes ^^»ra>îent jamais de sang sans me tirer des larmes. Je m'en émus assez ; mais eussé-je espéré De réprimer la soif d'un lion altéré, De contenir un fleuve inondant une terre, Et d'arrêter dans l'air la chute d'un tonnerre? J'ai failli toutefois, j'ai dû parer tes coups; Ma crainte fut coupa]i)le autant que ton courroux. Partageons donc la peine aussi-bien que les crimes: Si ces. fers te sont dus , ils me sont légitimes ; Tous deux dignes de mort , et tous deux résolus , Puisque nous voici joints , ne nous séparons plus ; Qu'aucun temps, qu'aucun lieu, jamais ne nous divisent: Un supplice , un cachot , un juge , nous suffisent.

ADRIEN

Par un ordre céleste^ aux mortels inconnu. Chacun part de ce lieu quand son temps est venu : Sur^cet ordre sacré que rien ne doit confondre; Lo^ue Dieu nous appelle , il est temps de répondre ; Ne pouvant avoir part à ce combat fameux , Si mon cœur au besoin ne répond à mes vœux ,

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