CLÉANTE, FLORIMONDE
FLORIMONDE
Porta NT les yeux ailleurs, arrête au moins tes pas ;
Souffre que je te parle , et ne m'écoute pas ;
Ne sois point accessible au mal qui me tourmente ;
Méprise constamment une importune amante ;
Mais accorde, cruel, ce bien à mes douleurs,
Que je voie un moment le sujet de mes pleurs.
Je ne désire plus forcer ton injustice ,
Je ne demande pas que tu me sois propice ;
Ces bois ont devant moi la faveur que je veux ;
Et ta présence , ingrat , satisfera mes vœux.
CLEANTE.
Ah ! voilà profaner d'une amour trop constante Ce qui de tant de monde est l'espoir et l'attente.
4i6 FLORIMONDE,
Madame , pour moi seul ne désespérez pas : Mille esprits amoureux de vos rares appas ; Ne considérez point un objet insensible , Un homme indifférent, de glace, inaccessible. Indigne de vos vœux , qui n'a rien mérité , Et qui n'a rien de cher après sa liberté.
FLORIMONDE
Par quelle destinée et par quelle aventure Ai -je pour un ingrat une amitié si pure ?. Rien ne peut le toucher , et ma fidélité Peut tenir si long -temps contre sa cruauté ! Le ciel , barbare esprit ,, écoute tout le monde , Et ce qu'il est à tous il l'est à Florimonde ; Il sera plus sensible à ma ferme amitié ; Si je te prie en vain j j'obtiendrai sa pitié. Après tant de refus tu pousseras des plaintes , D'une pâle couleur tes roses seront teintes , Tu perdras le courage ainsi que je le perds ; Celle que tu suivras méprisera tes fers , Et quand tu souffriras pour cette âme inhumaine , Je serai satisfaite et bénirai ta peine.
CLIVANTE.
Alors n'épargnez point cet ingrat , ce cruel , Qui nie à votre envie un désir mutuel. Dites : « Je suis vengée , et voilà ce barbare , » Qui refusoit l'honneur d'une amitié si rare ; » Voilà ce doux charmeur qui prit ma liberté , » De qui j'étois esclave, et qu'on a rebuté.
Ce dieu dont tant de dieux ont senti la colère , Et qui porta ses traits jusqu'au sein de sa mère ,