‹ Œuvres [ed. by E.L.N. Viollet-le-Duc]Chapitre 297 sur 432 · ACTE III, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE II

Un juste coup du ciel change sa destinée , Tu ne seras plus sourd à ses vœM superflus ; Elle a séché ses pleurs , et tu ne verras plus Cette chaste Vénus à tes pieds enchaînée.

Attribue , insolent , au pouvoir de tes traits

La cpn^uête de ses attraits ; Montre partout les fers d'une esclave si belle. Vante -toi que ton cœur n'est qu'un rocher vivant , Goûte ces faux plaisirs, repais -toi de ce vent, Cependant qu'à ta honte un autre jouit d'elle.

Tandis que ton orgueil enrichit ton rival

D'un trésor qui n'a point d'égal , Du prix d'une beauté qui n'a point de seconde , Tu peux , sans être vain , exulter ton pouvoir. Et dire : Ils n'ont qu'un bien que je pouvois avoir ; Cette gloire est pour toi , mais ils ont Florimonde.

Inutiles pensers , honteuses rêveries ,

Qui portez mon esprit à d'aveugles fi^ries ,

Quelle loi vous dispense à troubler mon repos ?

Et qu'avancerez -vous contre un ferme propos?

Portez , tristes pensers , vos conseils inutiles

A ces cœurs abattus , à ces âmes serviles ,

Foibles jouets des vents, qui, sans cesse agités,

Entre mille desseins n'en ont point d'arrêtés.

Mais , ô foible ijî^cours qui flatte ma pensée ,

Dans le nouveau tourment dont mon âme est blessée ,

Tu ne peux empêcher l'étreinte de mes fers ,

Et ne rétablis point le repos que je perds.

Un captif orgueilleux se flatte en son servage ;

446 FLORIMONDE

Je veux paroître libre alors que je m'engage. Un orgueil raisonnable à mon mal seroit joint , S'il m'étoit moins sensible en ne l'avouant point. Mais j'aime ces charmeurs de tant de belles âmes. Ces yeux qui forcent tout , qui causent tant de flammes , Mon sort est gouverné par ces astres d'amour , Et ces jeunes soleils me coûteront le jour. Quelle nouvelle ardeur Ëiit dans ce sein barbare D'un si lâche mépris une amitié si rare,^ Et me peint aujourd'hui si doux , si plein d'appas, Le même objet qu'hier mes yeux ne souffroient p»? Sa beauté me déplaît quand elle m'est offerte, Et j'en suis idolâtre au moment de sa perte. Est-ce que la raison m'a dessillé les yeux, Pour me faire estimer ce chef-d'œuvre des deux, Pour bannir de mon cœur cette froideur extrême, Et pour me &ire enfin perdre la raison mémeP^ Enfin que résoudrai -je en cette extrémité ? Mais que puis -je résoudre étant sans liberté? Soumettons à ses lois le cours de nos années , Et suivons sans dessein celui des destinées.

(Apercevant Thëaste.)

Oîi va seul et pensif ce glorieux amant ? Restreignons à ses yeux un feu si véhément.

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