ACTE III, SCÈNE II
Un juste coup du ciel change sa destinée , Tu ne seras plus sourd à ses vœM superflus ; Elle a séché ses pleurs , et tu ne verras plus Cette chaste Vénus à tes pieds enchaînée.
Attribue , insolent , au pouvoir de tes traits
La cpn^uête de ses attraits ; Montre partout les fers d'une esclave si belle. Vante -toi que ton cœur n'est qu'un rocher vivant , Goûte ces faux plaisirs, repais -toi de ce vent, Cependant qu'à ta honte un autre jouit d'elle.
Tandis que ton orgueil enrichit ton rival
D'un trésor qui n'a point d'égal , Du prix d'une beauté qui n'a point de seconde , Tu peux , sans être vain , exulter ton pouvoir. Et dire : Ils n'ont qu'un bien que je pouvois avoir ; Cette gloire est pour toi , mais ils ont Florimonde.
Inutiles pensers , honteuses rêveries ,
Qui portez mon esprit à d'aveugles fi^ries ,
Quelle loi vous dispense à troubler mon repos ?
Et qu'avancerez -vous contre un ferme propos?
Portez , tristes pensers , vos conseils inutiles
A ces cœurs abattus , à ces âmes serviles ,
Foibles jouets des vents, qui, sans cesse agités,
Entre mille desseins n'en ont point d'arrêtés.
Mais , ô foible ijî^cours qui flatte ma pensée ,
Dans le nouveau tourment dont mon âme est blessée ,
Tu ne peux empêcher l'étreinte de mes fers ,
Et ne rétablis point le repos que je perds.
Un captif orgueilleux se flatte en son servage ;
446 FLORIMONDE
Je veux paroître libre alors que je m'engage. Un orgueil raisonnable à mon mal seroit joint , S'il m'étoit moins sensible en ne l'avouant point. Mais j'aime ces charmeurs de tant de belles âmes. Ces yeux qui forcent tout , qui causent tant de flammes , Mon sort est gouverné par ces astres d'amour , Et ces jeunes soleils me coûteront le jour. Quelle nouvelle ardeur Ëiit dans ce sein barbare D'un si lâche mépris une amitié si rare,^ Et me peint aujourd'hui si doux , si plein d'appas, Le même objet qu'hier mes yeux ne souffroient p»? Sa beauté me déplaît quand elle m'est offerte, Et j'en suis idolâtre au moment de sa perte. Est-ce que la raison m'a dessillé les yeux, Pour me faire estimer ce chef-d'œuvre des deux, Pour bannir de mon cœur cette froideur extrême, Et pour me &ire enfin perdre la raison mémeP^ Enfin que résoudrai -je en cette extrémité ? Mais que puis -je résoudre étant sans liberté? Soumettons à ses lois le cours de nos années , Et suivons sans dessein celui des destinées.
(Apercevant Thëaste.)
Oîi va seul et pensif ce glorieux amant ? Restreignons à ses yeux un feu si véhément.