FLORIMONDE, CLÉANTE
GLUANTE
Insensible sujet du tourment qui me presse ,
D'un sévère mépris sévère vengeresse ,
Qui du mal que j'ai fait Êtites mon châtiment ,
Et qui pour me punir m'imitez seulement ,
Forcez, reconnoissant ma peine et mon servage ,
D'une extrême bonté cet extrême courage ;
Je n'excuserai point ces mépris insolens
Dont j'ai moi-même éteint des feux si violens. .
Je ne murmure point , ma peine est légitime ,
Et mpn supplice encore est moindre que mon crime.
Mais que n'obtiennent pas des soupirs si pressans ?
Que ne peuvent toucher les ennuis que je sens ?
Et qu'est-ce que, forçant les plus justes défenses,
Ne font sur un grand cœur de grandes repentances ?
Je me sens consumé des feux que j'ai nourris ;
Mes pleurs ne coulent plus et mes yeux sont taris ;
A peine en ma douleur , qui n'a point de seconde ,
Puis- je que proférer le nom de Florimonde ;
Ce beau nom est tout seul l'entretien de ma voix ,
472 FLORIMONDE,
Ces bois et ces rochers l'ont ouï mille fois ;
Ils m'ont vu soupirer , et , s'ils le pouvoient dire,
Us rendroient votre cœur sensible à mon martyre.
FLORIMOITDE.
Me suivrez - vous long - temps ? quel est ce vain tourment? Quoi ! l'Amour peut sur vous régner si lâchement ! N'êtes -vous pas, monsieur, cet objet insensible , Ce cœur indifférent , de glace , inaccessible , Indigne de nos vœux , qui n'a rien mérité , Et qui n'a rien de cher après sa liberté ? Ingrat , ainsi le ciel a changé ma fortune ; Ainsi je dois répondre à ta plainte importune ; En vain tu prétendrois un plus doux traitement. Adieu , pleure , languis ^ soupire librement.
CLÉkJXTÎE^ à genoux.
Par ces yeux que j'adore, ouvrez, belle meurtrière, Encore un seul moment l'oreflle à ma prière : Je suis donc un coupable indigne de pardon ? Et tant de criminels ont obtenu ce don ; Un obstiné mépris , une insolente audace , Et la trahison même a parfois eu sa grâce ; Ne portez point , cruelle , aux extrêmes effets Le plus humble captif que vous eûtes jamais. Ma mort vous déplaira quand vous l'aurez soufferte ; Qui m'aura méprisé regrettera ma perte; Et tels à qui les pleurs ont fait de vains efforts, Ont bien été pleures quand on les a cnis morts.
FLORIMONDE
Yoyez comme l'amour apprend de belles choses I Vous avez lu cela dans les Métamorphoses; Mais ce siècle n'est plus.