ÉLISE, LUCIE
ELISE
JiiircoRE un coup, Lucie, après cette défense,
Ne m'en parU jamais , n'en prends plus la^ licence ;
Ne t'intéresse point au choix de mes amans ,
Laisse à ma passion ses libres mouvemens ;
Dans ce cœur outragé ne promets point de place ,
N'en combats point la haine et n'en vends point la grâce;
Celui que tu lui peins avecque tant d'attraits
Y placera plutôt un poignard que ses traits;
Et tant que de mes jours subsistera la trame ,
La mort de don Louis saignera dans mon âme«
LUCIE
Vous voyez mal mon cœur lorsque vous m'imputez De vendre à vos amans l'espoir de vos bontés ; Tome V. 3 2
Et pour la lâcheté d'une action si vile , II faut l'avoir trop bas et l'âme trop servile ; Je n'ai pu voir les maux que le prince a soufferts Sans blâmer vos rigueurs et sans plaindre ses fers ; Il n'ose que par moi vous ouvrir sa pensée , Et ce sont les motifs qui m'ont intéressée. Votre inhumanité ne les peut approuver ; Vous m'imposez silence , il le faut observer ; Mais j'approuve bien moins cette rigueur extrême, Dont l'obstination vous coûte un diadème.
iLISE.
Offrant tout l'univers à mon ambition ,
Il n'ébranleroit pas cette obstination.
Je veux , ferme ennemie et généreuse amante ,
Faire voir à mon siècle une fille constante,
Et , par une vertu qu'on ne puisse émouvoir ,
Honorer notre sexe et marquer son pouvoir.
Ton adresse , Lucie , est un art inutile ,
Et fait un vain effort contre un cœur immobile.
Quand son bras n'auroit pas dedans le monum^t
Enfermé mon amour avecque mon amant ,
Et quand aux mouvemens d'une nouvelle flamme
Mon deuil auroît laissé l'accès libre en mon âme ,
Il sait mal m'obliger à lui vouloir du bien ,
Et par son amour même est indignie du mien.
Je porte une âme haute , ou , si tu veux , altière ,
Qui répugne à rien voir de bas ni de vulgaire ;
Ces vils abaissemens , ces lâches désespoirs ,
Et ces efféminés et serviles devoirs ,•
Sentent leur âme basse et leur esprit malade ,
Et n'ont rien qui me touche et qui me persuade.
Le sceptre qu'il attend , son rang , ses dignités ,