ACTE I, SCÈNE I
Ne peuvent m'Iblouir parmi ces lâchetés. Un généreux dépit , un courroux magnanime , Une noble fureur , s'obtiendroi^at mon estime , Et qui me peut soufifrir après tant de rigueur Ne peut beaucoup m'aimer avec si peu de cœur. Souf&e au deuil qui m'occupe, et dont tu m'as distraite , Dans cette solitude un moment de retraite , Et vois si le courrier qu'on attend chez le roi Sait que mon. frère arrive, et s'il n'a rien pour moi.
(Lucie sort.)
Reviens , cher entretien de ma triste mémoire ,
Appuyer ma constance et soutenir ma gloire :
Tout mort et tout sanglant , reviens dedans mon cœur ,
O mon cher don Louis , combattre ton vainqueur.
Il apporte au combat de dangereuses armes ;
De Tespoir d^un empire il emprunte les charmes.
U marche environné de toute la splendeur
Que d'un puissant monarque étale la grandeur :
Et toi , dedans la nuit éternellement sombre ,
Ne lui peux opposer qu'un fantôme et qu'une ombre :
Mais cette ombre en mon cœur efface son orgueil ;
Je ne puis préférer son trône à ton cercueil ,
Et je sacrifîrai , d'un dessein noble et ferme ,
Tous les feux de mon âme aux cendres qu'il enferme.
Son faste en vain prétend enchanter mes douleurs;
Rien ne plaît à mes yeux au travers de; mes pleurs ;
Tu fus toute ma gloire , et ma triste aventure
Enferma tous mes vœux dedans ta sépulture.
Mais , dieux ! le prince ici ! Quels assez sombres lieux
Sous ces arbres pourront me cacher à ses yeux ?
(Elle sort.)
' 5oo DON LOFE DE CARDONE,