ACTE I, SCÈNE IL 5oi
Et le bel avenir que les cieux m'ont promis ?
O vous qu'on croît auteurs des fortunes humaines,
Astres , vous vous trompez , vos promesses sont vaines ;
Pas un des curieux qui vous ont observés
N'ont à tant de mépris cru mes jours réservés ;
Nul ne m'a menacé d'un si honteux servage ;
Tous m'ont de tous les cœurs fait espérer l'hommage !
Quels hommages , hélas ! deviez - vous m'acquérir ,
Si même avec des fers on ne me peut souffrir;
Si de tant de mépris mon service est la butte ;
Si , soumis , languissant et serf, on me rebute ?
OCTAVE
Vous nous faites encor flatter vos sentimens !
Vous ojQrir du rçmède est un de vos tourmens !
On n'ose vous parler , rien ne vous persuade. ,
Qui ne veut point guérir sans doute est bien malade !
Si vous me permettiez de parler librement ,
Je vous dirois qu'on rit de votre aveuglement ;
Et que toute la cour sourdement autorise ,
Après tant de dédains, l'aversion d'Élise.
Pour moi , qui ne sors pas du sang d'où vous sortez ,
Qui ne me puis vanter d'illustres qualités ,
Qui n'ai point d'espérance avecque vous commune ,
Et dont l'heur d'être à vous est toute la fortune ,
Tout ce que la nature auroit de ptas charmant
Ne m'obligeroit pas d'aimer ingratement ,
Et le second dédain me rendroit ma franchise.
DON PÈDRE
Parles -tu sans trembler quand tu parles d'Élise ?
OCTAVE
Des meurtres qu'elle fait le bruit est - il si grand ?
So^ DON LOPE DE CARDONE,
Je n'ois plaindre que vous des cœurs qu'elle surprend ,
Et je ne trouve point
DON PiDRE.
Insolent ! téméraire !
OCTAVE
Vous l'emportez toujours avec votre colère. Mais s'il n*est pas permis de vous rien contester , Et si l'on n'est à vous qu'afin de vous flatter, Si de la vérité vous défendez l'usage , Nous jouons vous et nous un mauvais personnage. Les rois et les amans ont ce défaut commun , Que si Ton ne les flatte on ^eur est importun ; Que si dans leur estimie on prétend quelque place , Le mensonge l'y donne, et la franchise en chasse. Il faut qu'un charme horrible occupe vos esprits; J'ai mille fois pour vous rougi de ses mépris.
DON PiDRE.
Perfide, ton salut, pour toute repartie, Dépend
OCTAVE
De vous flatter ?
DON PÈDRE
D'ui^e prompte sortie , Et sans délibérer, ou
OCTAVE
Je vous laisse. O cieu^!
Qui peut plus gouverner cet esprit furieux ?
(H sort.) DON PÈDRE, SeuL
Etrange tyrannie , et rigueur sans seconde , Qu'il faille prendre avis et loi de tout le monde !