‹ Œuvres [ed. by E.L.N. Viollet-le-Duc]Chapitre 335 sur 432 · ACTE I, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE IV

Mais plût , mais plût au ciel vissiez -vous de vos yeux Du mal que vous causez Teffet prodigieux ! Pour voir sans s'émouvoir une amitié si rare , Xj'insensibilité n'est pas assez barbare ; Malgré tous vos mépris , jamais sur un amant Princesse ne régna si souverainement , £t jamais désespoir si grand et si funeste N'eut tant de révérence et ne fîit si modeste. L'avantage du sang qui de tant de flatteurs Fait aux princes des serfs et des adorateurs , Et le bandeau royal qu'attend ce front auguste , Qui prend sur tant de cœurs un empire si juste , Ont -ils si peu d'attraits ?

ÉLISE

Son sang, son rang, son bien , Pourroient toucher un cœur placé comme le tten. 11 s'en défendroit mal ; mais oh le mien réside , Il faut pour l'ébranler un moyen plus solide ; Il faut lui faire voir que mes yeux éblouis Lui reprochent à tort la mort de don Louis ; Et que le propre jour pris pour notre hyménée , Il n'a pas de ses jours la course terminée. Mais je vis et le fer qui lui perça le flanc , Et le bras du meurtrier encor teint de son sang , Je vis en l'appareil d'une pompe funèbre Changer l'appf^t d'un jour s\ cher et si célèbre , Et suivis au tombeau , frappé du aoup morttti , Celui que notre hymen attendpk ^ l'wtidl ; Et tu veux qu'abhorrant sa rei}berchç importune y Tout odieux qu'il m'est, j'enceiiSQ sa fortune! Tu ne crois pas un sceptre un^ offre à dédaigner , Et je le dois souffrir parce qu'il doit régner !

5o8 DON LOPE DE CARDONE ,

O lâche sentiment d'une basse naissance ! O d'un parfait amour obscure connoissance ! L'amour seul est soii prix , et quand on aime bien , Les sceptres , les états , tout se compte pour rien , Et, loin de m'éblouîr, tout son éclat m'irrite. •

LUCIE

Eh bien , de son amour pesez donc le mérite : Don Louis avec gloire est mort en un comba|: Qui hasardoit le sang le plus pur de l'état { L'un d'eux à vos beautés étoit dû pour victime : Le prince eut l'avantage , et voilà tout son crime. D'autres couronneroient de semblables forfaits.

ÉLISE

T'ai -je pas défendu de m'en parler jamais ? Sais - tu de qud empire et d'amour et de flamme Le comte de Yénasque a régné dans mon âme?. Hélas ! je le sais seule ,. et qui me l'a ravi , Quelque rang qu'il occupe , en vain m'est asservi y Et, lâche , à mes rigueurs en vain se sacrifie; Il ne bat qu'une roche à ^es cris endurcie. Tout ce qu'on m'en propose excite ma fureur , Son nom , son rang , ses vœux. J'e^ ai tout en horreur.

DON pèuRE.

Eh bien, madame, eh bien ,,si mal en votre estime 11 y faut faire naître une horreur légitime. Puisqu'on m'est si barbare il faut l'être à mon tour, Et mériter la haine au défaut de l'amour. Il faut , si plein d'horreur , sî noir et si terrible , Sans sentiment d'honneur traiter une insensible , Rendre sa hàinè juste , et de force emporter Ce qu'au prix de soi - même on ne peut acheter.

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