ACTE III, SCÈNE III
Pourquoi la privex-vous du choix qu'elle doit faire ? Ou j déjà l'un de vous lui plaisant en efiet , La devez -vous priver du choix qu'elle en a Eût? Si ce choix entre vous met quelque différence, Au plus heureux des deux souffrez la préférence ; Ou si dans son amour son cœur indifférent Vous en laisse entre vous vider le différent , Alors tentez le sort , et mettez en usage Tout ce que vous avez d'adresse et de courage ; Mon sang , quoique glacé , me laisse assez de cœur Pour voir votre combat et servir le vainqueur , Pour être votre juge en cette ardeur commune , Et prendre le parti que tiendra la fortune.
DON LOPE
Je me rends où don Sanche et l'honneur m'ont mandé ;
Je ne dois prendre loi que de son procédé .
S'il doit quelque respect aux sentimens d'un père ,
S'il y veut déférer , j'y souscris , j'y défère ,
Ou s'il faut à l'instant en vider l'intérêt ,
Mon cœur se Êdt effort, mais le bras est tout prêt ,
Et mettra tout son art à garantir d'outrage
Un coeur où Théodore a gravé son image.
DON SANCHE
Allons , mon père , et vous , rival trop généreux ,
Voir sur ce différent ce miracle amoureux ,
Si notre amour doit plaire ou bien être importune ;
Consultons notre heureuse et mauvaise fortune :
Puisque le roi l'ordonne , allons à ses genoux
Répandre les aveux qu'elle exige de nous ;
Et si l'indifférence où nous verrons ses charmes
Nous en laisse vider l'intérêt par les armes ,
Sans plus délibérer , immolons sans pitié
Aux droits de notre amour ceux de notre anûtié.
DON FERNAND
Lors mes empéchemens n'y mettront plus d'obstacle.
DOIC LOPE.
Allons , cher ennemi , consulter notre oracle ,
£t savoir quel arrêt réglera notre sort.
Mais le prince nous cherche , évitons son abord.
(Us sortent.)