ACTE III, SCÈNE III. ' 53i
Et y poiu; quelques raisons qui vous puissent armer , Verser le meilleur sang qui la puisse animer ? A -t- elle quelque part dedans votre querelle. Et devez -vous combattre et mourir que pour elle ? Si mon sang me promet quelque respect d'un fils , Votre jeunesse en doit, comte , à mes cheveux gris. Si vous refusez donc vos jours à votre prince , A l'amour du paya, aux vœux de la province , Que par quelque respect j'apprenne au moins de vous Le sujet de tna crainte et de votre courroux. & c'est un différent ou d'amour ou de gloire , J'en puis être l'arbitre et vous m'en devez croire ; De cet aveugle enfant j'ai ressenti les lois , Et je n'ai pas sans fruit vieilli sous le hamois : Si dedans ce combat l'honneur vous intéresse
C'est moi c[ui vous y porte, et moi qui vous en presse^ Vous engageant l'estime oîi j'ai toujours vécu D'assister le vainqueur et plaindre le vaincu , Et de ne point mêler les droits de la nature Parmi votre triomphe ou votre sépulture.
DON SANCHE
Avant qu'armer ce bras je me suis combattu Avec tous les efforts de ma foible vertu , £t le ciel m'est témoin que pour une conquête Qui d'un bandeau royal devroit orner ma tête. Je n'aurois pas conçu le funeste dessein Qui nous met aujourd'hui les armes à la main. ]Mon ennemi m'est plus qu'un trône et qu'un empire ; Je donnerois pour lui le jour que je respire, lÊX l'Amour qui ma fait ce noble concurrent , l^ouvoit seul entre nous former ce différent : Si je m'ose expliquer , vous aurez peine à croire
Rare honneur de Moncade , et gloire d'Aragon ,
Et vous y digne héritier et du sang et du nom ,
Quoique les yeux divins dont le feu me consomme
Soient des objets trop hauts pour les regards d'un homme,
Que ce soit trop oser que de délibérer
Si sans leur faire injure on les peut adorer,
Et que je tremble enfin au nom de Théodore,
Innocent ou coupable , il est vrai , je l'adore.
Hier , cet aveugle amour osant guider mes pas ,
Vers l'invincible aimant qu'ont pour moi ses appas ,
Et d'abord entendant du bruit sous sa fenêtre,
Car dans l'obscurité je ne vous pus connoîtrè ;
Mon respect 'm'en chassoit, mais ce respect fîit vain,
Nous eûmes difierent, ce fer chut de ma main.
Et la crainte de voir- ma flamme découverte
Me fît à sa rechecdie en préférer la perte ,
Enfin , ce mêmeifëryrpar un destin fatal ,
Nous ayant à chacun 'appris notre rival ,
Malgré notre .amitié que rien ne peut dissoudre ,
Nous voici sur'le,champ> qu'y devons* nous résoudre,
Si l'on doit rien péfioudre^ën des lieux où l'honneur
Fait arbitres de tout* l'adresse et le bonheur ?
Si. vous avez pour but ces adorables charmes , Un si noble intérêt est digne de vos armes : Mais quelle confiance osez- voQS.concévoir , Que l'on les autorise et souffre votre espoir ? Et s'il doit étire visdn, quelle aveugle furie Vous fait sans intérêt hasarder votre vie? Mais peut-être l'infante, accessible à vos vœux, Ou souffre l'un de vous, pu vous souffre tous deux ; Pouvant et l'un «t l'autre e^érer de lui plaire ,