ACTE III, SCÈNE VI. 54i
DOWLOPE.
Madame, ordonnez -lui
THEODORE
Quoi! toujours si vaillans vous tremblez aujourd'hui? Porté -je dans les yeux des traits si redoutables Qu'ils jettent la frayeur en des cœurs indomptables ?
DON SANGHE.
Oui , madame, et la guerre en ses plus grands hasards Est moins à redouter qu'un seul de vos tegards ; Aussi confessons -nous que jamais le tonnerre Pour un plus haut orgueil n'a menacé la terre , Que celui dont l'aveu que le roi veut de nous , Interdits et tremblans , nous jette à vos genoux. L'objet de nos travaux et de votre vaillance N'étoit , grande princesse , Albe , Alfach ni Valence : Un bien plus noble espoir nous avoit animés ; C'étoit pour ces beaux yeux que nous étions armés ; C'étoit pour votre gloire et pour votre conquête Que ce cœur et ce bras hasardoient cette tête ; Et pour le même objet don Lope a surpassé Tout ce qu'à vu son siècle et qui l'a devancé. Dans la noirceur de l'ombre , hier sous votre fenêtre , Notre commune ardeur commença de paroître , Et , s'osant disputer un si riche trésor , Il m'en coûta du sang dont ce bras saigne encor ; Et sur le point enfin d'en vider la querelle , Par un tragique effet d'une cause si belle , Nous avons estimé devoir par votre arrêt Terminer un si cher et si noble intérêt , Et , suivant les conseils qu'après nous devrons suivre , En prendre le dessein de mourir ou de vivre. Ah ! comte , à quel effort m'avez - vous obligé !
54a DON LOPE DE CARDONE,
CTWTHIE.
Leur choix n'a point trompé , le roi Ta bien juge.
THEODORE
Après et l'agrément et l'aveu de mon père , Celui que je reçois ne me sauroit déplaire ; Je puis en faire état sans blesser mon devoir , Et ne répugne point à souffrir votre espoir. Mais sans un autre aveu mon amour n'ose naître , Mon cœur se déclarer, ni mon choix vous paroître; Mon empire étant libre établira ses lois , Mais j'attendrai du roi la liberté du choix. Cependant j'ai regret , comte , qu'une aventure Oîi j'ai tant d'intérêt vous coûte une blessure.
(Elle donne une ëcharpe à don Sanche.)
Une écharpe est bien due au service d'un bras A qui l'on a coûté du sang et des combats. Tenez , don Sanche.
DON SA.NCHE.
O ciel, quel sang, grande princesse, Vous peut - on à ce prix donner sans allégresse ?
DON LOPE, a part.
O faveur! 6 présent à mon esprit fat^l ! L'infidèle à mes yeux obliger mon rival , Et m'avoir abusé d'une si vaine attente ! O sexe dangereux , et princesse inconstante !
THÉODORE
Remenez -moi, don Lope. Adieu, comte.
DON LOPE
O mon cceur !
Cessons de murmurer après cette faveur.