ACTE IV, SCÈNE L
Hors de l'aller prier et souffrir son amour :
Je vous verrois sans joie ou régir la province ,
Ou jouir des douceurs que vous tiendriez du prince.
Ce redoutable bras dont vous avez servi ,
Ce cœur depuis trois ans à l'infante asservi ,
Et ce sang tant de fois versé pour sa querelle.
N'ont-ils rien fait pour vous , ayant tant fait pour elle ?
Et si le roi lui cherche un époux dans sa cour ,
Peut -il jeter les yeux que dessus votre amour?
Je sais qu'avec plaisir l'infante vous écoute ,
Qu'entre vous et don Sanche elle n'est point en doute ,
Et que l'élection qu'ont faite ses appas
Diffère à s'expliquer , mais ne balance pas.
Complaisante à son frère , elle vous le &it craindre ;
Mais croyez qu'en son âme elle a peine de feindre ,
Qu'il fait contre ses vœux des efforts superflus ,
Et ne m'obligez point à vous en dire plus.
DON LOPE
Vous avez peu de cœur, et j'en vois peu de preuve , Si dedans votre sein le prince ne le treuve , Et si vous ne mettez dedans votre maison , Par un si grand hymen , le sceptre d'Aragon.
^LISE
Je prouve mieux mon cœur en dédaignant un prince Que vous ne l'avez fait gagnant une province. Ne mettez point en nous tant d'inégalité , Et ne disputons point de générosité.
Ce vous est de mon cœur une assez digne preuve , Que jamais dans mon sein le prince ne le treuve , Et ne contracte point dedans notre maison Un hymen que j'abhorre avec trop d^ raison. Tome V. 35
DON LOPE
O fille indigne sang des glorieux ancêtres
Dont la race à l'Espagne a donné tant de maîtres !
iLISE. ^
La guerre et ses fureurs vous ont -elles appris A traiter une sœur avec tant de mépris ?
DON LOPE
La cour et ses douceurs vous ont -elles instruite A d'ingrates rigueurs d'une si longue suite ?
^LISE
Comte , insensiblement j'aigris votre courroux. Adieu , c'est trop combattre un guerrier tel que vous , Qui 9 tout bouillant encor d'une grande victoire , A combattre une sœur doit trouver peu de gloire.
(Elle sort avec Lucie.)
D ouf LOPE seuL
De qui peux - tu , ma flamme , implorer la faveur , Si je tente sans fruit le secours d'une sœur , Et si d'une réponse et si nue et si franche
Elle peut rejeter Mais que me veut don Sanche?
Le front n'en marque pas un esprit satisfait.