‹ Œuvres [ed. by E.L.N. Viollet-le-Duc]Chapitre 362 sur 432 · ACTE IV, SCÈNE IL · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE IL

Est -il bien compatible avecque votre flamme, Et pouvons -nous trouver dedans ce traitement A nos communs désirs quelque éclaircissement ?

DOW LOPE

C'est beaucoup , cher ami , que d'un objet si rare

En faveur de nos vœux la bonté se déclare ,

Et laisse du bonheur qu'obtiendra l'un de nous

Tous les rois de l'Europe envieux ou jaloux.

Mais dans son cœur encor mon amour ne voit goutte;

Son accueil partagé partage encor mon doute ,

Et je ne puis asseoir de jugement certain

Sur le don d'une écliarpe ou celui de sa main.

La raison de ce choix devant être l'arbitre ,

Vous en seriez l'objet à bien plus juste titre ;

L'infante de vos vœux ne pourroit s'excuser ,

Mais l'Amour est aveugle et se peut abuser.

DON SANCHE

Il vous préféreroit s'il vous faisoit justice ;

Mais comme il ne voit goutte il fait tout par caprice ,

Et , dans l'obscurité qu'il laisse à notre espoir ,

Sur ce doute commun je revenois vous voir :

C'est la condition , comte , de notre trêve ,

Que ce doute restant notre combat s'achève.

Le cœur de Théodore , encore indifférent ,

Nous lai£»se en liberté vider ce différent.

Il faut pour cet hymen une grande victime ^

Et nous ne pouvons mieux mériter son estime ,

Ni moins douteusement nous assurer son cœur ,

Que si de l'un de nous l'autre reste vainqueur.

DON LOPE

L'attente est importune , et même ardeur me presse.

DON SAVCHE.

Voyons donc.

Mais du roi la défense est expresse, Et daignant pour, sa fille autoriser nos vceux. Et nous laisser l'espoir qyUil nous souffre à tous deux, Vous savez

DON SANGHE.

Oui 9 je sais qu'il a proscrit la tête Qui eommettroit au bras l'heur de cette conquête ; Il remet à l'infante à vider ce débat, Et d'un empire exprès nous défend le combat. Mais

DON LOPE

Mais ignorons -nous, en ce bouillant caprice, Avec quelle rigueur procède sa justice , Qui, marchant toujours droit, toujours également, N'a jamais menacé ni promis vainement?

Devons-nous, quelque ardeur dont l'amour nous convie, Exposer notre amour avecque notre vie ? Quel sera le succès que notre amour prétend , Si du champ du combat l'échafaud nous attend ? Sa défense

DON SANGHE.

Oîi l'honneur et l'amour s'intéressent, Toutes lois, tous respects, toutes défenses cessent. Quand la fureur du roi seroit à redouter , Ce que nous poursuivons nous peut -il trop coûter? Et ne vaut -il pas mieux que notre amour s'exprime Par un si heau combat et par un si beau crime. Qui de nos sentimens marque toute l'ardeur, Que par un mou respect qui sente la froideur?

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