ACTE V, SCÈNE IL
Maïs nul n'aura pour vous tant de fidélité , Et jamais passion avec tant de silence N'exerça tant d'empire et tant de violence.
THliODOti£. .
Jusqu'ici ce grand cœur qui sort de votre sang A satisfait mon sexe et soutenu mon rang , Et contre les devoirs que l'amour en exige A fait tous les efforts oii l'un et l'autre obUge ; Non qu'il (àt insensible , hélas I il a brûlé , Il a conçu des vœux ^ mais il n'a point parlé ; Et, par un noble orgueil , a trop long -temps remise La déclaration que vous m'avez permise : Mais aujourd'hui , seigneur , aujourd'hui que je vois Que la mort est le prix de qui combat pour moi , Cet orgueil me sied mal , et je suis une ingrate Si mon cœur ne s'explique et mon amour n'éclate. Je le puis avouer , vous me l'avez permis y Don Lope m'a vaincue avec vos ennemis ; * Par le sang qu'il Versoit il* allumoit ma flamme , Chacun de ses progrès l'avançoit en mon âme ; Mon esfine en secret couronnoit ses combats y Il accroÎBSOÎt mes vœux accroissant vos états; Et son dernier triomphe achevant ma conquéie ^ A la main d'un bourreau vous destmez aa tête! Quelle équité ^ seigneur y *doit à votre càmrroux Le jour de mon hymen immoler mon époux? Pour quel crime faut -il , et par quelle justice , Que le jour du triomphe un conquérant périsse ? Il n'examina pas , à l'appel d'un rival , D'un respect violé l'avènement fatal ; Il n'a pu d'un combat observer la défei^se ; Et tout ce qu'il a fait périt par cette offense :
'Ah ! que ce coup y seigneur , blessera vos états ! Que sa tête tombant fera tombeif de bras ! Que sa mort saignera dans les plus grandes âmes ^ Et que de vous servir elle éteindra les flammes , Si l'ardeur n'en produit qu'un espoir si douteux , Et l'ombre d'une offense un trépas si honteux !
DON PHILIPPE
Je dispense où je dois et le prix et la peine : L'un n'est jamais douteux , l'autre est toujours certaine. • Le suprême art des rois et des gouvememéns Doit rouler sans gauchir sur ces deux fondemens; Je marche en tous les deux d'une égale justice^ Et pour faire au loyer précéder le service , Et payer les devoirs rendus à mes états, Je veux que votre hymen précède son trépas ; Mais qu'au moment aussi de ce triste byménée , Le glaive qui l'attend tranche sa destmée. Recevez-en la main, et par un noble effort
th:éodore, lui prenant la main.
Oui , je la recevrai pour le suivre à la mort. Pour épouser en lui quelque sort qui lui vienne , Pour porter au bourreau ma tête avec la sienne , Pour joindre une innocente à ce cher criminel , Et pour faire au tombeau notre hymen étemeh Oui, je la reçois, sire , et si votre justice