‹ Œuvres [ed. by E.L.N. Viollet-le-Duc]Chapitre 373 sur 432 · ACTE V, SCENE IL · texte numérisé non relu

ACTE V, SCENE IL

Si l'appel de don Sanche et ses empressemens , Enfin si de jaloux et nobles mouvemens Pour le plus digne objet que l'univers estime , Ne sont dignes de grâce et n'excusent mon crime y J'attends avec respect l'arrêt que vous rendrez , Et porterai ma tête ou vous l'ordonnerez.

DON PHILIPPE

Dessus un échafaud , comte : on vous le pi*6pai*e.

^LISE

O sévère justice et vertu trop barbare! Des jours si glorieux que vous voulez ravir Refroidiront, seigneur, l'ardeur de vous servir. Quoi ! le jour d'un hymen , le jour qu'à sa victoire On doit des échafauds de triomphe et de gloire , Tout brillant de la pompe où l'élève le sort , ' Un bourreau par yotre ordre en dresse un pour sa mort , Et doit de son vengeur priver votre province !

BOir PHILIPPE.

Je n'ai point ccmdamné vos rigueurs pour le prince ; J'ai cru que vous pouviez au meurtrier d'un amant Faire sans injustice un si dur traitement Souffrez - moi l'équité que j'aime où je la trouve , Et que contre mon sang en vous-même j'approuve; Qui présent et si cher ne m'a pas respecté ^ Et ne défère pas à ^lon autorité , Éloigné de ma vue a dedims sa victoijre ,. Plus que mon intérêt considéré sa gloire ;. Qui , sujet seidement , m'a pu. désobéir , Gendre un jour, se pourroit résoudre- à me trahir y Et par ce rang illustre acquis dans ma famille , Aspirer à mon trône aussi-bien qu'à ma fille ^

Je protège Tétat contre son défenseur ,

Et dedans son appui je crains son ravisseur.

bON LOPE.

Si de cet attentat mon roi me croit capable ^

Qu'on me mène à la mort , gardes , je suis coupable ;

Je garde trop long -temps le sang que je lui doi :

Un bon sujet doit tout au repos de son roi.

Je dois à ce soupçon ma tête ett sacrifice :

Mon propre bras, grand prince, en fera-t-il TofSce?

Fera- 1 -il choir aux pieds de votre majesté

Cette victime due à votre sûreté ?

Par un fréquent usage où ses emplois l'instruisent ,

Il sait bien mettre à bas les têtes qui vous nuisent ;

Vous n'avez rien haï qu'U n'ait bien su ranger ;

Il ne pardonne point quand il Êiut vous venger.

( Théodore , Cjrnthie , Lucie , entrant. ) ( A The'odore. )

Adieu , de mon destin trop digne souveraine ,

De ma témérité je vais porter la peine ;

On ne l'a pu souffrir , madame , et mon orgueil

Me fait moins mériter votre lit qu'un cercueil ;

Pour me perdre il est vain de chercher d'autre crime ,

Quand mon ambition rend ma mort légitime;

Et je fus criminel sitôt que je vous vis ,

Car mes jours à l'instant vous furent asservis;

Dès ce fatal moment je cédai sans défense

Au beau feu qui me brûle et xjui fait mon offense ;

Je conçus des pensers que je devoir bannir ,

Et sans autre prétexte on eût pu m'en punir ;

J'approuve que mon sang de ce crime me lave ,

Mais au moins souffrez -moi' de mourir votre esclave;

Cent rois pourroient prétendre à cette qualité ,

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