SCÈNE II
Les mêmes ; AMALON, ADÉLAIRE, ÉBROIN,
I UN PAGf:.
AMALON.
Auronte , demeurez , et vous aussi ^ Flaucat : Soutenez ma douleur dans ce rude combat ; Aidez - moi , s'il se peut , à me vaincre moi - môme , Et faites que mon cœur haïsse ce qu'il aime. Mais en vain je m'efforce, amour , de t'étouffer ; Lorsque je te combats je crains d'en triompher ; J'aime , j'aime ma honte , et mets toute ma gloire
588 L'ILLUSTRE AMAZONIE,
A porter tes liens et suivre ta victoire. Contre les rudes coups dont je me sens blesser Si je forme un parti , c'est pour le renverser , Et mon devoir ne trouve, en sa foible entreprise , De place dans mon cœiir qui n'ait été surprise. Mes menaces , mes pleurs, mes regrets , mes désirs,» Ne touchent point ce cœur rebelle à mes soupirs , Et quoi que mon amour ou ma colère fasse , ^ Je vois tomber leurs feux sur une âme de glace. Eh bien , n'espérons plus , mais , cessant d'espérer , Pour cet objet ingrat cessons de soupirer : Ecoutons ma colère, et n'empruntons les armes Que pour mêler bientôt son sang avec mes Isurmes. Mais qu'est-ce que je dis? malgré tout mon projet, Elle est ma souveraine et je suis son sujet ; ^ Même dans ce discours si cruel et sévère. C'est mon amour qui parlé et non pas ma colère , ' Et qui , pour exprimer les ardeurs d'un amant , Emprunte le langage et la voix d'un tyran : Quoi que ce beau discours propose à ma vengeance, Ma langue avec mon cœur n'a point d'intelligence.
ADÉLAIRE.
Grand prince , permettez qu'admirant la vertu Qui se défend encor dans un cœur combattu ^ Un fidèle sujet s'intéresse pour elle Contre les vains assauts d'une flamme rebelle. Ce seroit mal prouver notre fidélité Que de favoriser ce monstre révolté.
Parmi tant de combats votre rare constance Peut à juste raison flatter notre espérance. Pouvoir tout ce qu'on veut et ne le faire pas , La victoire à la main souffrir tant de combats...